Mais qui fait quoi ?

approche, blog

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Je vous partage aujourd’hui une question que je trouve très intéressante :

« Quelle est la différence entre tes accompagnements et ceux d’une psychologue ? »

Cette question a été posée haut et fort par certaines personnes, mais je suis certaine qu’autour de moi d’autres se la posent tout doucement dans un coin de leur tête sans oser demander plus de détails, ou peut être en se disant que je joue à la psychologue même si je n’ai pas fait des études de psycho. 🙂

“Le métier, c’est ce qui ne s’apprend pas” Pablo Picasso

Non, je vous rassure, l’accompagnement que je propose et que font souvent les « thanadoulas » répond plutôt bien aux critères repris dans le site du « centre national fin de vie et soins palliatifs«  à savoir que nous sommes presque comme leurs bénévoles :

« ni des professionnels de santé, ni des psychologues, [nous n’avons] pas d’action thérapeutique, [nous n’avons] pas accès au dossier médical du patient et [nous ne] pren[ons] pas part aux décisions médicales ».

Je dis bien « presque » car nous avons une grande différence, celle d’être rémunérées pour ce que nous faisons, ce qui, en contre partie assure notre présence régulière aux côtés des personnes en fin de vie qui nous partagent leur confiance.

Un lien professionnel existe et un lien plus personnel peut se créer sur la durée, une continuité qui permet de ne pas avoir à tout ré-expliquer mais qui autorise celui qui le souhaite à tout ré-expliquer encore en encore, et autant de fois qu’il le souhaitera, un lien qui peut les inviter à se confier et à se sentir plus légers.

Généralement les accompagnantes font en sorte de prévoir de grands laps de temps pour aller à la rencontre des personnes qu’elles accompagnent. Nous avons la très grande chance de pouvoir gérer le temps comme bon nous semble et parfois, même si on aimerait bien pouvoir le faire pour de vrai, on essaye de mettre le temps en suspension pour le rendre élastique aussi longtemps qu’il le faut, et pour permettre à la personne devant nous de traverser son émotion du moment sans qu’elle ne se soucie de l’heure.

Cette liberté de mouvement et de temps est quelque chose de choisi, de choyé et de précieux, cette liberté donne également la possibilité de rappeler les personnes rapidement car, en fonction de ce que l’on vit, la notion d’urgence n’est pas la même surtout si l’on est en fin de vie ou que l’on traverse une phase de deuil très douloureuse.

Le nom du métier de d’accompagnantes connu comme « thanadoula » en dit long car le fonctionnement pourrait se rapprocher de celui des doulas qui accompagnent à la naissance, formation que j’ai suivi avant d’être accompagnante de fin de vie et du deuil.

Une doula est une doula, une doula n’est pas une sage-femme, ni une obstétricienne ; une doula ne vérifie pas la hauteur de l’utérus, la tension, la dilatation du col ou tout autre signe clinique indiquant une naissance proche …

Une doula fait confiance à la future maman qui sait ce qu’elle veut, elle lui permet d’en exprimer les besoins, elle va veiller au cadre sécurisant pour la maman, et si besoin, elle peut veiller au respect du projet de naissance mis en place par les parents.

Une doula peut apporter des informations concrètes, précises, elle sait être dans une écoute bienveillante, elle a une posture précise et respecte le cadre de la famille accompagnée.

Toutefois, même si les processus physiologiques sont les mêmes pour toutes les femmes, chaque naissance est unique.

Pour une thanadoula c’est quasiment pareil, à une différence près, on n’accompagne pas à la naissance mais à la fin de vie, on n’accueille pas la vie mais on va vers la mort.  

Ainsi, la fin de vie et le deuil ont cette similitude avec la naissance car il existe également des processus physiologiques à traverser mais chacun les vit d’une façon unique, selon son histoire et selon qui il est, en tant qu’accompagnantes on ne cherche pas à guérir les personnes, on est à leurs côtés.

Je pourrais presque comparer ma posture à celle d’une jeune femme (oui, je me fais plaisir) qui accompagne le début de marche d’un tout-petit, sans chercher à le mettre volontairement debout au risque de le faire trop tôt ou trop rapidement, et sans le faire avancer en tenant ses petits doigts au bout de ma main. Je suis de celles qui veillent à ce que l’environnement soit sécurisé, qu’il puisse trouver des appuis solides et stables s’il le souhaite, quand il le souhaite, et qu’il puisse avoir une vue dégagée pour savoir où et comment il va vouloir se déplacer, quand il aura décidé de le faire…

Lorsque l’on est accompagnante, la mort ne nous fait pas peur car, sans avoir une relation privilégiée avec elle, souvent, la vie a fait que nous l’avons déjà rencontrée une ou plusieurs fois dans notre environnement proche.

“Nous ne choisissons pas ce métier par hasard, nous le choisissons par amour pour celui qui va vers la mort”  Xochitl

Quand nous acceptons un accompagnement nous avançons avec une personne avec qui une relation de confiance va se créer, et parfois une relation plus spéciale car il arrive que, de par leur environnement, leur éducation ou leurs freins familiaux certaines discussions et certaines demandes ne soient pas verbalisables avec d’autres membres de la famille. Il arrive ainsi que certains personnes n’osent pas aborder des sujets comme celui des obsèques, au risque de ne jamais savoir ce qu’aurait voulu le défunt avant sa mort. 

différence thanadoula psychologueNous pouvons rencontrer les personnes là où elles le souhaitent, et là où elles se sentent le plus en sécurité : à l’hôpital, à leurs domicile, chez nous ou ailleurs, nous avons la liberté de faire comme nous le souhaitons car nous n’avons pas de cadre légal qui nous impose un lieu précis.

De même, il peut nous arriver de rester assises pendant notre échange ou d’échanger en marchant, là encore, tout est à créer par la personne en fonction de ses besoins et de ses envies, et par nous, accompagnantes, en fonction de nos capacités.

De même, il peut arriver qu’en tant qu’accompagnantes nous soyons amenées à écouter, tout « simplement » et parfois à recueillir des souvenirs par écrit ou via des enregistrements, « cadeaux » qui seront ensuite remis aux familles. Certaines personnes peuvent aller jusqu’à avoir des idées surprenantes comme celle d’envoyer un bouquet de fleurs ou une enveloppe cadeau à telle ou telle occasion, pour telle ou telle personne, et ceci, bien entendu, une fois la personne en fin de vie envolée.

En tant qu’accompagnante, et bien entendu toujours avec l’accord des personnes, je fais beaucoup de photos avec mon portable (pour assurer une très grande discrétion). Ensuite, ces souvenirs visuels agissent comme de délicates étoiles filantes qui guident la mémoire des personnes encore présentes, et une fois qu’elles entament leur deuil. 

Ainsi, et tant qu’accompagnantes nous permettons aux personnes de « partir » plus légères, de « mourir en paix » comme disaient les anciens, en ayant fait ce qu’ils voulaient faire.

Est-ce que le fait de poursuivre encore un peu leur histoire ici sur terre après leur mort est une bonne chose pour les personnes qui sont en deuil ? Nous ne jugeons pas les demandes, on fait « juste » en sorte de les rendre possibles.

Parfois, alors même que ces demandes sont formulées longtemps avant la mort, elles restent leurs « dernières volontés », et parce qu’elles peuvent être libératrices, nos accompagnements se doivent de les respecter et de faire en sorte qu’elles deviennent réalités.

A bientôt, prenez soin de vous et des vôtres, 

Armelle

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