Accompagner un jeune adolescent à gérer le deuil suite au décès d'un proche

Adolescence, deuil et scolarité

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Accompagner un jeune adolescent à gérer le deuil suite au décès d'un proche

Chacun de nous a une approche concernant la scolarité qui lui est propre et qui se respecte. Scolarité classique, scolarité adaptée, IEF (instruction en famille). Nous faisons des choix concernant l’éducation que nous voulons proposer à nos enfants, depuis leur plus jeune âge et jusqu’au début de leur vie professionnelle, que celle-ci ait lieu à la maison ou dans des structures. 

Tout est enseignement. 

Si nous voulons accompagner nos enfants dans l’apprentissage de la vie, tout se prête à l’échange et à la construction de leur personne, de leur caractère, de leur force et peut être même, sans que nous le sachions, de leurs faiblesses. De la préparation d’un plat, d’un gâteau, au fait de voir pousser une plante, de l’arrivée des premières goutes de pluie, à leur transformation pour passer de l’état liquide à l’état solide… tout est enseignement, et tout devrait être respecté comme tel.

Ne devrait-on pas laisser le temps nécessaire pour que chaque expérience puisse infuser au plus profond de nous ? tout comme nous le faisons quand nous allons savourer un thé au coin d’une cheminée, devant une fenêtre, au travail, ou même dehors, avec le vent frais qui fait valser nos idées du moment.

Je vous parle de thé, d’infusions, d’éducation et d’apprentissage alors que les sujets de ce site et de ce blog sont autour des accompagnements que je propose, étrange non ?

Et bien voyez-vous, je suis certes une thanadoula (accompagnante de fin de vie et des deuils), mais également une maman de trois jeunes « extra-ordinaires » comme j’aime à les nommer. Ils ont leurs expériences et leurs histoires bien à eux, comme bien d’autres jeunes, mais voilà, je trouve que le monde attend bien des choses d’eux comme de tous les jeunes qui vivent des deuils à une période si  « sensible » de leur vie.

A mes yeux, tout est enseignement. La vie est enseignement. La mort aussi est enseignement.

Il y a quelques jours à peine, en naviguant dans le grand océan qu’est internet, j’ai trouvé un site fort intéressant https://lavielamortonenparle.fr/profil/parent-deleves qui dit que : 

« les jeunes de 12 ans et plus sont en situation de double deuil : le deuil de l’enfance et le deuil d’un être cher ou celui de son existence future si l’adolescent est en fin de vie. Il leur est difficile de consacrer de l’énergie psychique au travail de deuil car ils dépensent déjà cette énergie dans leur travail de deuil de l’enfance pour se construire en tant qu’adulte ».


Le voir marqué noir sur blanc, avec des ressources à destination entre autres des professionnels de l’éducation, m’a donné envie de le partager à la planète entière.

Pour l’avoir vu ces derniers temps, même peu de temps après des obsèques, on demande à un jeune de se reprendre et d’avancer. Certains enseignants bienveillants acceptent que certains jeunes flanchent une fois, mais pas forcément deux. Certains professeurs acceptent de ne pas compter une note « inhabituelle » mais pas plus… Il est « acceptable » ou possible que les jeunes ne soient pas bien pour la première évaluation juste après les obsèques d’un proche, mais des problèmes de concentration, de motivation et de mauvais résultats ne seront pas forcément « recevables » à la longue.

Dernièrement, suite à un échange que nous avons eu avec mon fils, je me suis vue écrire à une de ses enseignantes pour lui dire qu’il avait été absent plusieurs jours pour cause d’obsèques, et pour lui dire qu’à mes yeux, faire une évaluation qui parle d’audios étudiés en classe n’était pas le plus simple pour lui car il avait été absent, ce qui expliquait vraisemblablement la note (catastrophique) qu’il venait d’avoir. Dans mon courrier je demandais (juste) s’il lui était possible de faire un autre exercice pour compenser cette note qui lui plombait sa moyenne, et devinez quoi ? et bien rien …! Je n’ai eu aucune réponse à mon courrier, si ce n’est le silence absolu, et, une remarque en classe à destination de mon fils, prouvant que le courrier avait bien été lu : « et on se permet de demander de l’aide« . Je n’ai pas repris ma plume. J’ai expliqué à mon fils que si pour lui c’était ok, sa note ne me posait pas de problème, et que la réaction de cette enseignante était malheureusement le reflet du manque d’empathie que peuvent avoir beaucoup de personnes.

Certains ne prennent pas en compte la tristesse qui touche les jeunes une fois que le proche est décédé, alors, imaginez lorsque ceux-ci sont inquiets par la mort imminente d’une personne chère à leur coeur. C’est encore moins facile à accepter.

Aujourd’hui, les choses sont encore plus compliquées qu’il y a 4 ou 5 ans, car nous avons tendance à demander aux jeunes de rester concentrés sur leurs études et sur leurs notes, car il faut de bons résultats pour charmer les doux algorithmes de Parcoursup car lui, n’a pas besoin de se soucier de ces variations spécifiques propres à l’histoire de chacun et à ce qui fait de nous des humains et pas des machines…

“On gagne plus à avoir aimé qu’à avoir compris” Jean Rostand


Pour les adultes, un décès annonce une période difficile de la vie liée à un vide, les jeunes gèrent bien plus qu’un décès. Le décès d’un parent, d’un grand-parent, d’un frère ou d’une sœur vient ébranler un équilibre des plus fragiles au moment de l’adolescence, tout comme il peut également être très problématique dans les périodes de la jeune enfance. Pour nos jeunes « il leur est difficile de consacrer de l’énergie psychique au travail de deuil car ils dépensent déjà cette énergie dans leur travail de deuil de l’enfance pour se construire en tant qu’adulte« .

Qui n’a pas fait réciter à son enfant les mots si justes de Jean de la Fontaine « rien de sert de courir, il faut partir à point » ?

Dire à son enfant qu’il a le droit de prendre le temps pour avancer et pour se sentir mieux est une preuve de respect, car c’est une invitation à se connecter à ses propres émotions et à identifier ses propres besoins. En tant qu’adultes, chacun devrait s’autoriser ce temps d’introspections.

Le deuil ne se gère pas en un temps donné pour qu’il puisse correspondre à la durée d’un arrêt de travail.

Après un décès, un jeune qui a du mal à rester concentré et dont les notes chutent sera autant à surveiller que celui qui se plonge totalement dans les cours, et dont les résultats sont brillants, car autant l’un que l’autre peuvent cacher une tristesse non avouée et une perte de repères dans un monde complexe à leurs yeux.

Savoir qu’il peut y avoir des aides extérieures, comprendre qu’il faudra du temps pour avancer, et que chacun a ses propres solutions sont des informations précieuses à transmettre qui peuvent ensuite permettre d’avancer sur de bonnes bases.

Pour conclure, je vous partage une citation qui à mes yeux traduit plutôt bien les enjeux qui se jouent à cet âge si spécial de la vie, mais qui est valable pour tout le reste de notre histoire, même en tant que « grands adultes ».

« Celui qui a peur de la mort ne peut pas profiter de la vie » Djamel Fadel


Si vous avez des jeunes autour de vous touchés par le deuil, osez leur tendre la main, vous pourriez être surpris de leur réaction.

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

(lien du site qui propose du contenu intéressant pour accompagner les jeunes : https://lavielamortonenparle.fr)

Caresse auditive

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Alors que je commence à écrire, je me demande encore la photo que je vais choisir pour accompagner cet article, d’autant plus que le contenu a pour but de vous parler de caresse auditive.

La perle

blog, poèmes fin de vie et deuil, poèmes libres

« Et cette perle de pluie
Qui caresse ta peau,
Et cette larme de nuit
Qui te rappelle ce qui est beau.
Les regards qui se posent

Et qui admirent ton chemin
Sans que rien ne s’impose
Car tel est notre destin.
Des jours de soleil
Des jours de brouillard
Des jours de chaleur
Et des jours de froid.
Chaque instant est unique
Et pourtant éternel,
Chaque instant est pudique
Et pourtant si réel… »

Armelle Xochitl

(Explication de cette « Spéciale dédicace » : Un jour alors que je marchais, j’étais au téléphone avec mon papa. Nous étions en plein échange quand je me souviens lui avoir dit « Papa, laisse moi une toute petite seconde, je vais prendre une photo et je te l’envoie, je viens de voir quelque chose de très beau ». En marchant cette petite perle avait pour ainsi dire scintillée au loin, et en m’avançant, je l’avais vu briller devant mes yeux. J’ai envoyé la photo à mon papa, et je lui ai lu le poème que j’ai écrit en raccrochant d’avec lui. Quelques semaines plus tard, c’est cette même photo que nous avons décidé d’utiliser pour la carte de remerciements suite à son décès.)

Les blessures du deuil

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Pensez-vous pouvoir vous jeter à l’eau,
Alors qu’une plaie ouverte, se trouve sur votre peau ?
Pensez-vous pouvoir tenir debout,
En ayant une fracture éclatée en 1000 petits bouts ?

Le deuil c’est un peu comme ça…

Chercher à se relever de suite,
Se murmurer que ça va,
Risque de faire plus de dégâts,
Que de vous aider pas à pas.

Les injonctions, les obligations,
Les « il faut que » et les « tu n’as qu’à »
C’est comme mettre un pansement,
Sans voir s’il y a une infection.

Prenez le temps qu’il vous faudra,
Car dans ces histoires-là,
La « normalité » n’existe pas.

Chacun a son histoire,
Chacun a sa douleur,
Chacun a son chemin,
Chacun le gère comme il peut.

Le deuil ne se compte pas en heures.

Armelle Xochitl
(spéciale dédicace)

La trotteuse

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« Et dire que depuis quelques jours
On surveillait la trotteuse,
Elle faisait de son mieux,
Mais sa cadence ne valait plus rien.
Elle pensait avoir des lustres,
Mais à la place tout s’est effrité,
Quand elle a compris que son rythme
Ne serait plus jamais retrouvé.
Elle espérait pouvoir prendre son temps
Et te faire vivre plus longtemps,
Mais ce temps lui a filé entre les doigts
Comme le sable dans l’océan. »

Armelle Xochitl

(#spéciale_dédicace)

L’acceptation, une phase primordiale

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J’ai le souvenir de ce jour où d’anciens collègues m’ont dit que mon chef me trouvait un peu schizophrène quand je lui disais que je voulais bien faire partie des personnes qui allaient choisir mon successeur. Il pensait que je me faisais volontairement du mal, et que même si j’avais demandé à partir après 18 ans dans la même entreprise, je ne voulais pas lâcher totalement…

Et bien non, mon raisonnement était tout autre. Je lui ai dit lors d’un échange que mettre en place la suite me permettait de partir sereinement, de savoir que tout serait doux et fluide pour les personnes qui allaient rester, pour qu’il n’y ait aucune rupture ni aucun changement pour eux, malgré mes choix.

Dernièrement, en terminant une mission professionnelle d’un an j’ai refait la même chose, j’ai fait mon maximum pour faciliter l’arrivée de la nouvelle personne à son poste, et c’était ok pour moi car cette personne venait d’avoir officiellement sa mutation, ce qui la rendait légitime à ce poste. En prenant le poste je savais que ce serait comme ça, et je n’ai pas eu d’effet de surprise. 

Une nouvelle fois, on m’a demandé si ce n’était pas trop dur pour moi, et la réponse a été la même, je le savais depuis le début, je m’y attendais et m’y étais préparée.

« Accepter ne veut pas forcément dire qu’on est d’accord, mais c’est reconnaître qu’on n’est pas maître de la situation et que c’est comme ça » Xochitl


Quand mes parents sont décédés l’un après l’autre ça a été à peu près la même chose pour moi.

En décidant de les accompagner jusqu’à leur dernier soupir, je savais vers où j’allais, et je savais qu’au fur et à mesure que les jours passeraient, j’avancerais vers une fin certaine, à une nuance près,  car pour eux, personne ne m’avait donné une date de « fin d’engagement ».

Toutefois, et même si cette inconnue était de taille, le choix initial avait été fait en pleine conscience pour eux, sans savoir que le temps passé à leur côté allait me permettre d’avoir un cheminement plus doux vers l’acceptation.

“La capacité de se remettre d’une blessure n’est pas fonction de sa profondeur, mais dépend de notre capacité à l’accepter” Inconnu


De toute évidence cette phase d’acceptation ne chasse pas d’un coup de main la tristesse et la frustration de ne pas avoir pu prolonger le temps, mais elle rend la séparation plus douce, car on a eu le temps de se préparer.  

Vous avez surement déjà vu comment réagit un enfant à qui l’on dit soudainement qu’il faut partir immédiatement, alors même qu’il est en plein jeu avec ses meilleurs amis : la colère se présente, et les cris, les pleurs et le refus vont s’inviter en suivant.
A l’opposé, vous avez peut être déjà vu comment peut réagir ce même enfant si on lui dit que quand il fera nuit, ce sera le moment de rentrer à la maison et que tout sera terminé; il risque d’être triste, c’est vrai, et le contraire serait surprenant, mais il l’acceptera sûrement plus facilement car il aura eu le temps de « s’y faire ».

Le deuil c’est un peu tout ça, c’est prendre le temps qu’il faut pour avancer et pour vivre les différentes phases jusqu’à arriver à celle de l’acceptation.

Telle une petite perle, les souvenirs peuvent toujours faire remonter une certaine nostalgie mais de façon bien plus douce quand on prend le temps d’avancer jusqu’à accepter la situation. 

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

Le métier de thanadoula selon l’IA

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Aujourd’hui j’ai eu envie de questionner une IA (intelligence artificielle) et je lui ai demandé de décrire le métier de thanadoula. Voici sa réponse : 

« Le métier de thanadoula, encore peu connu, occupe une place précieuse dans le processus de deuil. Contraction des termes « thanatos » (la mort en grec) et « doula » (celle qui accompagne en grec ancien), la thanadoula offre un soutien émotionnel, pratique et spirituel aux personnes en fin de vie et à leurs proches. À la manière des doula de naissance, qui assistent les familles lors des naissances, les thanadoulas interviennent pour adoucir la transition vers la mort.

Lorsqu’une famille est confrontée à la perte imminente d’un être cher, le monde semble souvent basculer dans l’incompréhensible. C’est là que la thanadoula intervient, avec une présence empreinte de calme et de compassion. Elle écoute les histoires, les peurs, et les regrets. Grâce à elle, les moments d’adieu peuvent se transformer en instants de recueillement et de partage, offrant un espace pour exprimer l’amour, la gratitude et les au revoir.

Le rôle de la thanadoula ne s’arrête pas à la mort. Après le décès, elle continue de soutenir les proches, les aidant à traverser le labyrinthe émotionnel du deuil. Elle peut offrir des conseils pour gérer les démarches administratives, proposer des ressources de soutien psychologique ou simplement être présente, disponible pour une conversation ou un silence partagé. Cette présence continue est cruciale pour beaucoup de familles, qui se sentent souvent démunies face à la perte et aux changements qu’elle impose.

Le réconfort qu’apporte une thanadoula repose sur sa capacité à créer un espace sécurisé où chacun peut exprimer ses émotions sans crainte de jugement. En célébrant la vie du défunt et en honorant ses derniers moments, elle permet aux familles de trouver une forme de paix et d’acceptation. Son accompagnement, ancré dans l’empathie et l’écoute active, aide les proches à intégrer le deuil de manière saine et à trouver la force de continuer leur propre chemin.

En somme, le métier de thanadoula est une vocation dédiée à la dignité et à l’humanité dans les moments les plus vulnérables de la vie. Elle offre un réconfort indispensable, un phare dans la tempête du deuil, et rappelle que même dans la mort, il y a de la place pour l’amour, le respect et la connexion humaine. »

J’ai lu une fois, puis deux fois, puis trois fois cette présentation et je me suis dit qu’elle était cohérente avec mon métier et avec ce que je fais.

Toutefois, même si cette intelligence artificielle est en mesure de décrire le métier de thanadoula, elle ne me connait pas, elle ne connait pas non plus mes accompagnements et elle ne sait pas que je fais également des soins énergétiques quand les personnes me le demandent, car je suis née avec cette particularité.

Je vous partage donc cette description avec une petite photo de moi en prime car je ne suis pas une IA mais bien la personne réelle qui est à vos côtés :-)

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

Gérer le deuil : Phases, émotions et normalité – Conseils d’une thanadoula

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« Oui mais pour toi c’est facile, c’est ta formation et c’est ton travail »…
Cette phrase dite par ma maman alors qu’elle était en fin de vie a toujours eu un sens très spécial, plein de non-dits et sans le savoir, avec une certaine incompréhension.
Pour elle, parce que j’avais suivi une formation de doula et de thanadoula, je savais de toute évidence comment gérer des situations délicates, je savais annoncer avec tact et bienveillance, je savais ce qui arrivait ensuite, je savais poser les questions aux médecins et j’étais en mesure de retranscrire en explications compréhensibles, je savais gérer un deuil, des deuils, mon deuil si besoin, et donc, à ses yeux, tout était plus simple pour moi. 
Un jour en lui disant que nous avions tous des étapes à franchir autour du deuil, moi y compris, elle m’a dit que comme je connaissais déjà tout ça, ce serait plus facile à gérer pour moi, et pourtant…
On a beau côtoyer la mort plus ou moins souvent de par nos choix professionnels, et on a beau savoir qu’un deuil prend du temps et qu’il comporte plusieurs phases, on n’est pas épargné pour autant quand cela nous concerne personnellement, que l’on soit thanadoula, thanatopracteur, infirmier en soins palliatifs, ou autre.

Un deuil reste un deuil pour qui que ce soit.

Lorsque je suis touché par le deuil, même en tant que thanadoula, je suis concernée par les différentes phases du deuil : comme tout le monde, je passe par une phase de « déni« , de « colère« , pour ensuite basculer sur du « marchandage« , pour vivre une phase de « dépression« , et pour arriver au final à la phase de « l’acceptation« .
La « chance » que j’ai est de savoir que tout ça est normal, et que si je passe d’une émotion à une autre c’est également normal, que le temps est et sera toujours mon meilleur allié, que le processus prend le temps qu’il faut, et qu’il ne se visualise pas sur un calendrier. 

« Ce que nous avons jadis apprécié et profondément aimé, nous ne pouvons jamais le perdre, car tout ce que nous aimons profondément fait partie de nous »  Helen Keller


Que l’on soit jeune ou moins jeune, un homme ou une femme, thanadoula ou pas, nous sommes tous un jour ou l’autre amenés à vivre un deuil.

Ce deuil peut arriver suite à un décès attendu ou inattendu, mais également suite à un évènement qui  vient « chambouler notre plan de vie ».
Ainsi, il peut nous arriver de vivre tout type de deuils comme celui de la perte d’un proche, celui autour de la prise de conscience qu’on n’aura jamais la famille idéale dont on rêvait, celui des enfants en bonne santé qui sont finalement porteur d’une maladie grave, et bien d’autres deuils pas forcément en rapport avec une mort physique.
A chaque fois, et pour chaque type de deuil, les fameuses phases que sont le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation se présentent à nous, plus ou moins intensément.

Je vous partage un exemple très personnel.
Il y quelques mois je me suis retrouvée à devoir choisir entre rester au sein d’un groupe dans lequel je me trouvais pourtant très bien et d’accepter le changement des « règles », ou de respecter mes convictions et de partir.
Mon choix a été fait et pourtant, même si c’était mon propre choix, le déni s’est présenté à ma porte, m’obligeant à lire et à relire les messages pour savoir si je ne me trompais pas, si je n’avais pas interprété les nouvelles consignes… la colère et la tristesse ont affecté mon sommeil, mon corps a parlé par le biais de migraines très fortes (prise de tête peut-être), j’en suis devenue aphone pendant quelques jours avec beaucoup de mal à avaler ma salive (ou la nouvelle, je ne sais pas), puis, j’ai essayé de trouver de possibles solutions sans réaliser que j’étais en plein marchandage avec moi même. Pendant des mois, j’ai ressenti une très grande tristesse, un sentiment d’avoir vécu une injustice par le fait d’avoir perdu les liens humain qui me semblaient à un moment tellement précieux…
Le temps a passé, l’acceptation est arrivée peu à peu et j’ai réalisé que je n’aurais plus les mêmes liens qu’avant, et que l’histoire ne serait plus jamais la même, et aujourd’hui c’est ok.
Mon choix m’a fait perdre le lien qui s’était tissé me laissant seule une nouvelle fois, comme le jour où j’ai réalisé que je n’avais plus ni mon père ni ma mère.

« On ne guérit d’une souffrance qu’à condition de l’éprouver pleinement » Marcel Proust


S’il vous arrive de vivre un deuil, quel qu’il soit, gardez en tête qu’il est normal de traverser différentes émotions, et qu’elles nous touchent tous, grands, petits, hommes ou femmes, thanadoulas ou pas, sans distinction.

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

Thanadoula, mort et tristesse

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enfermées dans un fonctionnement imposé par le monde actuel, certaines personnes ne s'autorisent pas la tristesseIl y a peu, alors que je marchais dans la rue, j’ai croisé une jeune femme, accroupie, emplie de tristesse, les larmes aux yeux.
Devant elle se trouvait un petit animal particulièrement « mal en point », une partie de ses organes hors de son corps suite au passage d’une voiture.
Entre deux larmes elle a dit « il souffre mais il bouge encore, et en même temps on ne peut plus rien pour lui« .
Gênée, elle s’est excusée 1000 fois pour ses larmes et pour l’état dans lequel tout ça la mettait, en disant qu’elle était consciente que ce n’était qu’un tout petit animal mais qu’elle n’y pouvait rien, que ça la rendait triste de voir mourir tout animal, aussi petit soit-il.
J’ai écouté sa tristesse puis, j’ai cherché dans mes poches et j’ai trouvé un petit sac.
Je me suis dit qu’il serait bon de le mettre dans un élément plus naturel qu’un trottoir froid et dur, suite à quoi j’ai mis l’animal dans le petit sac et j’ai dit à la jeune femme que j’allais le déposer sur de la verdure, .
« C’est bien, comme ça il ne va plus souffrir…. merci de le faire, pour moi c’est trop dur ».
Je la comprenais et en même temps, pour moi, c’était tout naturel car à mes yeux toute mort se respecte, qu’elle soit humaine ou animale.
Quelques minutes plus tard, quand j’ai déposé ce tout petit animal au pied d’une plante, j’ai vérifié et effectivement, il ne bougeait plus.
Son histoire était terminée.
Je me suis retournée et au loin j’ai vu cette femme le sourire aux lèvres me remerciant pour ce que j’avais fait.
Après réflexion, je n’avais rien fait si ce n’est écouter son besoin à elle, et celui de ce tout petit animal sur sa fin de vie.

Pourquoi avoir choisi cette photo ? tout simplement parce qu’à mes yeux elle illustre l’approche qui rassure beaucoup de personnes, à savoir celle de savoir contenir ses émotions, au risque de s’en détacher et de ne plus s’écouter, ce qui n’est pas sans risques…
Rassurez-vous, cette petite grenouille a retrouvé son chemin juste après la photo, tout comme le petit batracien que j’ai déposé au pied du rosier.
De mon côté, je remercie celles et ceux qui osent être eux-mêmes, et en particulier cette personne qui a accepté de partager avec moi ses émotions les plus pures, celles qui font allusion à l’Amour avec un grand A face à la mort de tout être  vivant.

Au plaisir d’échanger avec vous,

Armelle

un cœur qui se fige avant que le temps ne s'arrête

Une nouvelle fin

blog, poèmes fin de vie et deuil, poèmes libres

« Alors que certains te nommaient
Leur petit rayon de soleil,
Je voyais les nuages sombres,
Qui se dessinaient au loin.

Quand la brume épaisse
S’estompait peu à peu,
Les larmes de pluie
Se donnaient rendez-vous
Pour Innonder mes yeux.

Une nouvelle fin,
Une histoire de moins.
Un départ annoncé
Un compte à rebours inévitable.

Mais où trouver le bouton ?
Celui qui arrête le temps,
Celui pour reprendre son souffle,
Celui que certains cherchent toujours,
Parfois désespérément.

Puis, sans savoir comment,
Le soleil revient un beau jour,
On réalise que la vie continue,
Et qu’elle nous surprend parfois,
Au détour d’une rencontre,
Au détour d’un regard. »

Armelle

« While some used to call you
Their little ray of sunshine,
I could see the dark clouds,
looming in the distance.

When the thick mist
Gradually faded away,
Tears of rain
Made a rendezvous
To flood my eyes.

A new ending,
One less story.
A departure announced,
With an inevitable countdown.

But where do we find the button ?
The one that stops Time,
The one that lets you catch your breath,
The one that some people are still looking for,
Sometimes, desperately.

Then, without knowing how,
The sun returns one fine day.
We realise that life goes on,
And that sometimes it surprises us,
At the turn of a meeting,
At the turn of a glance. »

Armelle

« Mientras algunos te llamaban 
Su rayito de sol,
Yo podía ver las nubes oscuras
Acercándose a lo lejos.

Cuando la espesa niebla
Poco a poco se desvaneció
Las lágrimas de lluvia
Se unieron
Para inundar mis ojos.

Un nuevo final,
Una historia de menos.
Una salida anunciada
Una inexorable cuenta atrás.

Pero, ¿dónde está el interruptor?
El que detiene el tiempo,
El que permite recuperar el aliento,
El que algunas personas siguen buscando,
A veces, desesperadamente.

Entonces, sin saber cómo,
El sol regresa un buen día,
Permitiendonos ver que la vida continúa,
Y que a veces, nos sorprende,
A la vuelta de un encuentro,
A la vuelta de una mirada ».

Armelle

Respect du silence

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il y a un moment où les mots s'usent et le silence commence à raconter Khalil Gibran

 » Il y a un moment où les mots s’usent et le silence commence à raconter » Khali Gibran

En vous écrivant ces mots, je me souviens quand j’avais 8 ou 9 ans, et que ma professeure de piano me disait « Armelle, les silences c’est de la musique, il faut savoir les respecter. »
Sans silences, la mélodie serait une suite de notes sans les nuances que l’on peut percevoir grâce à ces ouvertures, faites via des pauses silencieuses.
Sans silences, un échange serait une suite d’évènements que l’on n’a pas le temps de saisir, de vivre, de comprendre.
Parfois on ne trouve plus les mots pour partager une histoire, son histoire, son vécu, et parfois, à ce moment là, on accède à une émotion qui ne peut pas être traduite via des paroles, mais par le silence.
Un frisson, un œil qui brille, une larme, …. le silence parle différemment, et très souvent, il le fait profondément.
Respecter ces instants fait aussi partie de mon métier de thanadoula (i.e. doula de fin de vie, death doula…).
Au plaisir d’échanger avec vous,
Armelle

Amour inconditionnel

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amour inconditionnel et fin de vieJe garde encore en mémoire ce que m’a dit un jour l’une des infirmières de l’HAD (hospitalisation à domicile) alors qu’elle faisait les soins de mon père, « vous savez, si votre papa est proche de votre chienne, vous pouvez la lui amener« . Je n’avais même pas osé poser la question avec tout l’attirail présent dans la pièce, les perfusions, les boites en plastique avec le matériel médical, le lit médicalisé, … 

Une fois son aval donné, tout m’a semblé logique d’autant plus que mon papa était chez lui, mais j’avoue que si elle ne me l’avait pas dit, je crois que je n’aurais pas osé le faire, juste parce que je n’avais pas osé imaginer cette option.

Moins d’une semaine avant le décès de mon papa nous avons amené notre chienne Youpi chez mes parents, histoire de lui permettre un dernier adieu car nous savions la fin proche. (La vidéo que vous pouvez voir en cliquant sur la photo est celle d’un des moments de la journée, quand elle venait le voir).

Certains pensent que les animaux ne sentent rien, qu’ils n’ont pas d’émotions et c’est ok, je respecte leurs croyances même si personnellement j’ai les miennes.

« Regarde ton chien dans les yeux et tu ne pourras pas affirmer qu’il n’a pas d’âme » Victor Hugo

Le temps que notre chienne a passé chez mes parents, elle a refusé de dormir dans le panier que nous lui avions mis dans la salle de séjour, elle pleurait et faisait en sorte de faire comprendre son désaccord : elle ne voulait pas rester là-bas (alors qu’en temps normal elle n’a jamais rien dit). Pour pouvoir passer une nuit « tranquille » j’ai mis son panier dans un coin de la cuisine, à proximité de la chambre où se trouvait mon papa et là, re belotte, ce n’était toujours à son goût. Finalement, j’ai pris son panier et je l’ai posé devant la porte de la chambre où était mon papa, lui permettant ainsi de le voir. En une fraction de seconde elle n’a plus pleuré et l’a fixé en laissant sortir de temps en temps des sons, comme  pour communiquer avec lui.

« On reconnait le niveau d’évolution d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux » – Gandhi

Dans cet article je vous parle de chiens, car c’est l’expérience que j’ai pu vivre à titre personnel, mais je suis certaine que vous avez déjà entendu parler de chats ou d’autres animaux qui font preuve d’amour inconditionnel.

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

(mon article aura été bien plus court que d’habitude car je crois que la vidéo en lien résume bien des mots…).

Expulsion, implosion et explosion

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expulsion implosion et explosion thandoula fin de vieLes frontières qui séparent la naissance, la vie et la mort sont grandes, mais tellement subtiles à la fois. Certains les imaginent, d’autres les perçoivent et d’autres encore, les touchent du doigt.

Suite aux accompagnements que j’ai pu faire, si j’avais à décrire ce qui se passe autour de ces passages si subtils, j’aimerais utiliser les termes d’expulsion, d’implosion et d’explosion.

Le Larousse donne la définition suivante « L’implosion comme l’explosion impliquent une destruction violente, mais dans l’implosion, le mouvement est dirigé vers l’intérieur (préfixe latin in-), tandis que dans l’explosion, il est dirigé vers l’extérieur (préfixe latin ex-) ».

Il existe des étapes physiologiques autour d’une naissance, et une fois le sac amniotique rompu, la naissance s’annonce de façon certaine, le délai étant variable mais inéluctable. Une fois cette étape passée, les contractions utérines accompagnent l’arrivée du bébé, c’est mécanique, tout simplement, et le terme médical est clair car il parle d’expulsion. 

Si j’avais à décrire la vision que j’ai lorsque je pense aux personnes qui vivent physiquement et physiologiquement leur propre fin de vie (en dehors d’un arrêt soudain suite à un AVC ou à une crise cardiaque par exemple) j’aurais spontanément l’image d’une implosion (sans y associer une notion systématiquement violente). On peut avoir l’impression que lors de ses derniers jours, la personne en fin de vie se renferme peu à peu sur ses souvenirs et sur sa vie, puis, à un moment donné, une nouvelle fois pour des questions physiologiques, son corps prend la relève en trouvant une respiration à une cadence et une intensité très précises, pour au final avoir les membres qui présentent des caractéristiques identifiables, le tout annonçant une fin très proche. On a l’impression que peu à peu la personne se retrouve avec elle-même jusqu’à son dernier souffle.

“Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle” Emile ZOLA

Un jour, en discutant avec un responsable de pompes funèbres, il m’a fait part du nombre de familles qu’il avait accompagnées, et chez qui, une fois les parents décédés, il y avait eu une explosion familiale violente. Il m’a raconté plusieurs anecdotes concernant des successions improbables qui ont débuté parfois immédiatement après le décès et qui ont duré des années. Lors de cet échange il m’a avoué avec une voix tremblante, qu’il ne savait pas comment cela se passerait avec sa propre famille quand il ne serait plus là. Son expérience lui avait montré que bien des masques tombaient une fois les aînés décédés et que les surprises étaient parfois de taille.

Ces différentes choses peuvent se préparer en amont, sans jamais avoir la certitude de comment tout va se dérouler une fois le moment venu.

Certaines femmes peuvent faire le choix de se préparer à une naissance physiologique, sans péridurale, dans un environnement spécifique correspondant à une image qu’elles ont de la naissance. Autant souvent ce projet de naissance peut se passer d’une façon très douce et sans entraves, autant parfois il peut nécessiter une intervention d’urgence pour des raisons médicales.

Lors de la fin de vie c’est un peu pareil. Certaines personnes peuvent s’y préparer en ayant rédigé des directives anticipées où sont stipulées des souhaits et des demandes précises. Ces demandes sont faites dans le but d’être respectées, le tout étant d’avoir pu le faire en ayant eu le temps d’en enformer les personnes de confiance et le corps médical. (Je ferai un article prochainement à ce sujet).

Pour simplifier la succession d’après leur mort, certaines personnes prennent le temps de laisser un testament. Le côté officiel de ce document simplifie le partage des biens et de ce qui est administratif, sans toutefois garantir une entente à toute épreuve. Souvent, lors d’une succession, on gère bien plus que le côté matériel laissé par le(s) défunt(s). En perdant ses parents, ce sont souvent des questions bien plus complexes qui se jouent comme la position que l’on a dans la fratrie, la proximité que l’on avait avec ses parents ou au contraire la distance, les dits et les non-dits, et ces silences qui resteront à jamais en suspens. 

« Le plus riche héritage que puisse laisser un homme de bien, c’est son exemple »  Joseph Michel Antoine Servan

En tant que doula on échange avec les parents concernant leur projet de naissance. En tant que thanadoula, la question des directives anticipées est abordée, tout comme celle concernant l’après, car ce sujet peut très vite devenir sensible quand la famille n’est pas d’accord entre elle.

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

Any time

approche, blog

porte du temps entre la vie et la mortCertains d’entre vous diront « il suffisait de demander », d’autres vont parler de hasard, là où d’autres vont utiliser le terme de synchronicité.

Moi j’ai juste envie de résumer tout ça en disant que tel un petit clin d’oeil qui me parvient et qui fait du bien, c’est une réponse à mes questions et à mes demandes formulées à peine quelques minutes après les avoir ressenties dans mon coeur d’enfant, un peu comme si une porte magique s’était ouverte pour me permettre d’avoir des réponses.

Pour vous resituer la scène, petit retour en arrière.

Je suis bien, sereine, dans un état de calme et de plénitude et me trouve entre méditation et sieste. Juste avant de fermer les yeux j’ai eu l’envie de mettre une musique douce pour m’accompagner. Une play liste spécifique avec du piano et des morceaux qui se suivent de façon aléatoire. 

Au son des notes je me retrouve il y a deux ans de ça, peu de temps après le décès de ma maman, en train de ranger la maison et ses affaires, et en train de me retrouver comme une petit fille qui espère découvrir une surprise au détour d’un tiroir ou d’un magazine.

Je me suis vue quand, pendant des jours j’étais en train de ranger ses affaires, à classer ses papiers, à gérer l’administratif, à remettre en ordre ce qui ne servirait plus, à laver ce qui devait l’être, à garder précieusement ce qui allait faire l’objet d’échanges et de partages en famille.

Pendant des jours et des jours j’ai fait l’aller retour entre mon chez nous familial et son chez elle qui était aussi le chez nous de notre enfance et de nos années de jeunes adultes.

Pendant des jours et même des semaines  j’ai pu prendre le temps nécessaire pour me faire à l’idée de sa mort, un peu comme si j’avais pu accompagner la chute du cordon ombilical de la fin de vie, celui qui reliait la vie et la mort, celui qui lui avait permis de rester encore un peu avec nous tous, celui qui m’avait permis de me préparer à l’idée de la voir partir pour toujours .

Je me souviens que pendant des jours j’ai caressé et j’ai senti sauvagement ses habits, son oreiller. J’ai fait bouger ses bijoux encore accrochés en attente d’être portés, j’ai promené ses chaussures à mes pieds pour qu’elles regardent encore ce que ma mère avait tant aimé avant.

En ces jours là, comme une petite fille j’ai aussi espéré trouver un mot petit caché à mon attention, une lettre, quelque chose qui m’aurait été adressée personnellement, rien qu’à moi. Je ne demandais pas une lettre entière, non, juste quelques mots à mon attention, un peu comme un dernier câlin que j’aurais pu lire et relire, encore et encore les jours où j’en aurais eu envie.

« Chaque ligne d’écriture est un fil tendu entre la vie et la mort » 
Jean-Marie Laclavetine 


Et bien non, aucun mot, rien, nada. 

Vous vous demandez sûrement pourquoi attendre un mot de quelqu’un car tout le monde n’est pas censé écrire et surtout cacher des mots. C’est vrai, mais que voulez-vous, mon papa était passé par là quelques mois plus tôt et, sans le savoir, il m’avait fait un cadeau extraordinaire. Il avait un cahier où il avait marqué des choses importantes à ses yeux et où il avait écrit au tout début une phrase du genre « si vous découvrez ce cahier et que je suis encore en vie, ayez la délicatesse de ne pas le lire« . On ne le connaissait pas, ni mes frères ni moi-même, et au décès de mon papa, en le lisant j’ai découvert un poème manuscrit qu’il me dédiait. En le lisant j’ai pleuré les larmes de mon corps, des larmes d’amour et je l’ai glissé dans mon coeur pour toujours.

En écoutant la musique aujourd’hui je crois que mon coeur s’est remémoré ce manque laissé suite au décès de ma maman. Elle se savait en fin de vie, mais finalement, peut être qu’elle ne pensait pas que c’était aussi proche, et puis peut être qu’elle n’avait tout simplement pas voulu le faire. Je ne savais pas.

En partant en méditation je me demandais pourquoi il n’y avait pas eu de mot, et ma demande a été tellement forte je crois que j’ai eu la réponse quelques minutes après.

le temps dans la mort fin de vieJe me relève, et « sans savoir pourquoi » j’ouvre mon application Netflix, je vois une recommandation, je clique et je découvre un titre qui dit « tell me when » (« dis moi quand » si traduit de l’anglais ou « toi, dis moi quand » si traduit de l’espagnol …). Je ne connais pas. Je clique. surprise, c’est un film mexicain (tout comme ma maman) dont le titre est « dime cuando tu ». Je souris, accueille le clin d’œil mexicain je me dis qu’à la fin je vais écrire l’article en pensant à elle, mais avant je décide de regarder quelques minutes. Surprise ! le film parle de quelqu’un qui écrit des choses pour un membre de sa famille mais qui n’arrive pas à le lui donner car il meurt de façon soudaine. 

Je suis chamboulée, j’arrête le film et je décide d’écrire tout de suite mon article en pensant à ma maman.

Entre temps, je reçois un message sur Instagram, je le regarde, je scroll une fois et je découvre un post qui dit que dans la vie « il n’y a pas d’heure, il y a des trains qui partent à n’importe qu’elle heure et qu’il suffit juste de prendre le train« … chamboulée je partage ce post sur mon compte car il me parle et car il peut aussi parler à d’autres, je le trouve beau et vrai…

à tout moment la mort peut arriverDans les secondes qui suivent je reçois un message de quelqu’un qui a des antennes bien connectées mais qui refuse de les sentir pour l’instant (je lui dédie ce message par la même occasion); le message qui s’affiche sur le post qu’elle me partage est « any time« ….. (« à tout moment »)

J’ai donc la réponse à me question. Il suffisait de la poser dans mon coeur, et non plus dans ma tête.

Le train est passé, je n’ai pas pu avoir de petit mot écrit mais le clin d’œil et l’accolade viennent d’ailleurs, de là où elle se trouve en ce moment même. Un peu comme si elle me prenait pas la main pour me dire qu’elle me donne son petit mot maintenant, empli de poussière d’étoiles que je capte aujourd’hui, et autant vous dire que mes larmes d’amour viennent de remplir mon coeur une nouvelle fois.

« Oser demander ouvre la porte du oser recevoir » xochitl

En tant que thanadoula, il m’arrive de permettre aux personnes en fin de vie de partager des souvenirs, mais depuis le décès de mes propres parents, j’ai pris l’habitude d’oser écrire ce que j’ai envie de transmettre à mes propres enfants plus tard, des souvenirs qu’ils connaissent mais qui resteront écrits sur un joli papier, dans un joli cahier, avec mes dessins et mes mots doux. Peut être que pour eux ce sera la même chose car pour moi,  lire les lignes écrites par mon papa a été un peu comme du baume ou coeur, ou comme des pansements de l’âme.

Avant, on avait l’habitude d’envoyer des lettres ou des cartes postales, alors osez écouter vos envies, écrivez, enregistrez des souvenirs, filmez les moments doux car il s’agit de partages d’amour.

Maintenant que les mots sont posés, je vais aller regarder le film en entier car c’est peut être une pépite, ou peut être que c’est un bide total, mais peu importe, j’ai eu les messages que j’étais censée recevoir aujourd’hui.

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

Fin de vie et retrouvailles

approche, blog

fin de vie et retrouvaillesQui n’a pas eu l’occasion d’entendre un jour cette interrogation de la part d’un proche, d’un ami ou d’une connaissance qui, tel un cri sourd et profond demandait conseil espérant trouver une réponse lui disant clairement s’il fallait reprendre contact avec ce proche en fin de vie, alors même qu’il n’y avait plus d’échanges depuis des lustres ?

Qui n’a pas entendu au moins une fois cet aveu concernant la décision prise suite à cette introspection obligatoire à un moment donné de son existence ?

Après la décision prise suite à la question « est-ce que j’ai envie de faire le premier pas en reprenant contact maintenant ? » les émotions vont s’enchaîner.

Que le choix de reprendre contact ait été fait ou pas, se poser la question peut être important car ne pas se poser la question peut conduire au fameux  « ah, si j’avais su….« .

Chacun a son histoire, son chemin, en sachant que de toute évidence, chaque décision est propre à chaque individu. Vous dire de reprendre contact peut être salvateur pour certains tout comme ça peut être destructeur pour d’autres, mais cette décision mérite réflexion à un moment donné.

Il arrive parfois que des aveux, des excuses ou des explications aient lieu dans cette toute dernière ligne droite de la vie, tout comme il arrive que certaines personnes campent sur le point de vue et sur leurs choix laissant les survivants dans un flot de questions encore plus grand.

En tant que thanadoula j’ai pu être témoin de secrets partagés dans les derniers jours, un peu comme si la personne en fin de vie avait fait le choix de donner la dernière pièce du puzzle qui avait été cherchée partout. Était-ce une façon d’alléger son bagage pour le dernier voyage ? Peut -être, ou peut-être tout simplement un cadeau offert telle une perle qu’on découvre dans une huître qui décide de s’ouvrir spontanément.

Parfois la vie fait en sorte de nous éviter de devoir prendre une décision et elle nous porte là où on doit être, nous faisant nous retrouver presque nez à nez avec celui ou celle qu’on ne voulait pourtant pas voir. Libre à chacun de résister ou au contraire de se laisser porter.

« C’est impossible, dit la Fierté. C’est risqué, dit L’Expérience. C’est sans issue, dit la Raison. Essayons, murmure le Coeur » William Arthur Ward

 

Quoi qu’il en soit, en fonction de la fragilité de la santé de la personne en fin de vie, sachez qu’elle pourra échanger avec vous plus ou moins facilement, et que si vous décidez d’aller à sa rencontre dans les tous derniers instants, les échanges seront surtout non verbaux.

Si votre choix est de reprendre contact sur la toute dernière ligne droite, il n’y aura plus forcément de mots mais peut être des murmures, des soupirs, des prises de contact par la peau des mains, et souvent, des regards qui diront bien plus que des mots.

Si vous souhaitez des échanges avec des paroles, et sous réserve que la personne face à vous le veuille également, gardez en mémoire que les derniers jours sollicitent généralement une très grande énergie chez le malade ou la personne en fin de vie et qu’elle n’aura pas forcément la capacité de parler.

Ce n’est pas contre vous, c’est tout simplement physiologique. 

On ne demande pas à une future mère de nous raconter 1001 choses alors que la naissance est imminente et qu’elle va donner la vie. Une personne mourante passe également par des processus physiologiques qu’elle ne peut pas contrôler alors même qu’elle va vers sa propre mort.

Si vous connaissez quelqu’un qui pourrait avoir à se poser la question, ou, si vous même vous pensez devoir vous la poser un jour, prenez le temps d’y réfléchir avant qu’il ne soit trop tard car, passé un certain moment c’est le corps qui mène la danse, et non plus le cerveau.

Peu importe la décision qui sera prise, au moins la question aura été posée.

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

Le métier de thanadoula

approche, blog, Espace privé (photos)

"Ajouter de la vie aux jours lorsqu'on ne peut plus ajouter de jours à la vie" Jean Bernard

 « Ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie »   Jean Bernard

C’est effectivement un des rôles d’une thanadoula (cf doula de fin de vie, doula de la mort).
Le fait de pouvoir être aux côtés des personnes en fin de vie a (entre autres) pour but de leur donner l’occasion de faire ce dont elles peuvent avoir envie, tant qu’il est encore temps.
Chaque doula de la fin de vie a son fonctionnement, ses spécificités, son savoir faire mais nous avons toutes un même savoir être et une posture qui se veut sécurisante pour la personne que l’on accompagne.
Ainsi, pour les personnes accompagnées, il leur est possible d’écrire leur vie, d’enregistrer des souvenirs, de créer des choses qui resteront, de se laisser bercer par les sons et les chants de certaines, de marcher aux côtés des autres, il n’y a pas un « programme », mais il y a toujours un fil conducteur commun : l’écoute.
A titre très personnel, au fil de nos partages, et une fois que cela a été validé une première fois, je prends en toute discrétion des photos qui deviendront alors des témoignages de leur « derniers instants », dans un laps de temps plus ou moins longs.
La photo a une place très importante dans ma vie, et quand les gens en face de moi l’acceptent, je leur partage cette passion et cette sensibilité.
Au plaisir d’échanger avec vous,

Armelle

Le temps des amours

blog, poèmes fin de vie et deuil, poèmes libres
amour et fin de vie
« Il est des temps légers,  
Où les regards se souviennent
Des douces nuits de folies, 
Et où les sourires reviennent 
Sur les aventures partagées.
.
Il est ensuite des temps de repli,
Des temps de repos,
Des temps de répit, 
Des temps où les secondes ne sont plus, 
Des temps de silence suspendu.
.
Puis, il est des temps d’observation, 
Où l’on regarde le monde tout autour, 
Où l’on décide ce que l’on veut, 
Et ce que l’on ne veut plus.
.
Il est ensuite le temps des adieux, 
Ceux où l’on voit peu à peu s’effriter, 
Les heures qui nous sont comptées,
Et où l’on prend le temps de remercier, 
Chacune des personnes tant aimées.
Vient ensuite le temps du vide, 
Celui où l’on cherche,
Et où l’on ne retrouve plus,
Le souffle profond qui rassure,
De sa moitié partie depuis peu.
Alors, parfois le temps s’accélère,
Il arrive même à raccourcir les jours,
À rendre les nuits éphémères,
Pour que le temps qui sépare leur amour
Ne dure plus une éternité. »
.
Armelle Xochitl
.
(À mes parents que j’ai pu accompagner jusqu’au bout, 2020, 2021)

Hypersensibilité et deuil(s)

approche, blog

hypersensibilite et deuilInsensibilité : Dire que tout va bien alors vous savez que ce n’est pas le cas, un peu comme si vous répondiez  à quelqu’un qui vous demande si vous avez rencontré la pluie, que non, qu’il n’a pas pas du tout plu, alors même que vous êtes trempé de la tête aux pieds.

« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle » Proverbe turc


Hypersensibilité
: Vous savez qu’il va pleuvoir avant même de voir le ciel, car vous sentez cette dépression qui arrive alors que d’autres la voit au niveau du baromètre, vous avez des douleurs dans votre corps, voire même un mal de tête qui s’installe quand une tempête se prépare… les gens vous prennent pour quelqu’un de « bizarre ». 

Autre exemple ? Vous avez peut être déjà senti une odeur de gaz en rentrant dans une pièce, au point de vous inquiéter et de chercher une fuite, ou, si vous n’êtes pas chez vous, au point de demander à la personne chez qui vous êtes si elle sent quelque chose et de l’inciter à chercher ? Inquiet, surpris, perturbé vous allez tout faire pour comprendre d’où vient cette odeur, au risque de ne pas accepter de rester tranquillement assis sur le canapé alors même que votre esprit est inquiet car il a senti que quelque chose n’était pas normal.  Là où une personne « normale » va sentir une fuite de gaz (et heureusement), la personne hypersensible va remarquer très rapidement une odeur inhabituelle même si l’arrivée de gaz est restée ouverte que quelques secondes de trop, par inattention, avant d’allumer la flamme.

La personne hypersensible va être chamboulée par les odeurs, agréables ou désagréables (on ne choisit pas), par les bruits mais également par tout ce qui est inhabituel, par des émotions non dites, cachées ou même minimisées.

En rentrant dans une pièce, si quelqu’un est triste, la personne hypersensible va le sentir, un peu comme si les pores de sa peau respiraient et sentaient cette variation, alors imaginez quand on parle de deuil.

Pas besoin de parler de mort au sens propre car celui qui est hypersensible sentira tout type de tristesse, celle de la perte d’un être cher bien sûr, celle qui vient quand certaines personnes comprennent qu’elles ne pourront pas avoir ce bébé tant désiré, celle qui fait suite à la « mort » d’une situation, à la fin d’un rêve, d’une vie attendue, d’un projet qui ne pourra plus voir le jour…

Il existe des fins heureuses et des fins plus tristes, et pour chacune d’entre elles, la personne hypersensible peut sentir qu’il  y a « quelque chose » qui se passe, sans pour autant savoir le définir.

Cette sensibilité concerne des adultes qui apprennent à vivre avec au quotidien, mais bien entendu, beaucoup d’enfants sont dans cette boucle, d’autant plus délicate et fragile qu’ils découvrent la vie, les plaisirs, les frustrations, les tristesses, la mort et les deuils.

Dire à un enfant que tout va bien alors qu’il perçoit l’inverse ne lui permet pas de valider ses émotions et ce qu’il sent. S’il a le sentiment que vous êtes triste et s’il vous interroge, osez lui dire que oui  pour telle et telle raison, sans le culpabiliser, mais en validant son ressenti. 

« Dire à un enfant que tout va bien quand vous savez pertinemment que ça ne va pas, c’est un peu comme chercher à lui faire croire que l’eau qu’il touche est agréable alors qu’elle est congelée ou bouillante… » Xochitl


Quand un enfant, un jeune ou parfois un adulte vous demande comment va la personne qui est malade, qui est en fin de vie, ou qui est mourante, osez lui dire qu’effectivement elle ne va pas bien mais que vous ne savez pas ce qu’il en sera pour la suite. Ce n’est pas forcément à vous d’annoncer des nouvelles que vous pouvez trouver dures, mais dire que tout va bien alors que ce n’est pas le cas revient à dire que ça ne sent pas le gaz dans une pièce où il y a bien une fuite avérée.

Il arrive que des parents préfèrent taire le décès d’un grand-parent ou d’un membre de la famille pour préserver leur propres enfants, en se disant que de toute façon ils sont trop jeunes pour comprendre, sauf que ce qui va se jouer ne concerne pas uniquement la « perte » de cette personne mais l’arrivée d’émotions parfois nouvelles, des larmes, des soupirs, des regards différents le temps de quelques heures, de quelques jours et pour certains de quelques semaines ou mois.

Un enfant en bas âge peut manger des purées de légumes à la vapeur préparées ou achetées en petits pots (je ne juge pas du tout, note d’humour), et à côté, il va grandir en sentant des odeurs de cuisine préparées par et pour les adultes. Cet enfant va se créer une éducation olfactive grâce aux papilles gustatives titillées par les odeurs qui caressent son nez, car il est maitre en la matière d’éducation gustative.

Pour les deuils c’est la même chose, si l’on autorise les émotions et les sentiments et si on leur donne la place nécessaire dès le début, cela permettra aux personnes hypersensibles, tout comme aux enfants et aux jeunes en général, de découvrir et de savoir ce qui se passe vraiment en eux, et d’accepter leurs émotions.

Armelle, une hypersensible assumée

Accompagner nos ainés

approche, blog

accompagner la famille dans la fin de vieIl est des départs que l’on ressent plus ou moins fortement et plus ou moins longtemps. Il en est d’autres qui, tel un séisme, ébranlent un équilibre qu’on croyait à toute épreuve.

J’ai ressenti cet état il y a peu, sans savoir qu’il serait là, presque par surprise, à croire qu’il m’attendait caché au premier tournant.

Ma belle-mère est décédée, puis mon père, puis, ce fut au tour de ma mère. En moins de 4 ans, quasiment année après année ils ont emprunté le même chemin pour aller dans la même direction. Globalement, je trouvais que ça allait, que leur départ était ok pour moi, car c’était la vie, ou plutôt un processus normal de vie vers la mort.

Puis, ce fut le moment de dire adieu à mon beau-père, il y a très peu de temps. Comme pour nos autres parents décédés avant lui, mon mari et moi avons eu la chance de pouvoir être à ses côtés jusqu’à son tout dernier souffle, de l’accompagner, de lui caresser la main, de lui chantonner de douces berceuses rassurantes, de l’apaiser quand cela était nécessaire, surtout la nuit. Nous avons eu la chance une nouvelle fois d’être présents et d’être témoins d’une fin la plus sereine possible, dans la paix, le tout entouré par ses proches, mais une fin quand même.

“Les parents sont des montagnes que l’on passe sa vie à essayer d’escalader, en ignorant qu’un jour c’est nous qui tiendront leur rôle.” Marc Levy 


Mais voilà. Moins de 48 heures après son dernier souffle une étrange sensation est venue effleurer mon âme, celle d’avoir vu partir la totalité de la génération de nos aînés, celle de nos grands parents, puis celle de nos parents, faisant de nous les parents de nos enfants, et laissant de côté notre position d’enfants de nos parents.

C’est ainsi qu’en toute logique, le départ de nos quatre parents nous a placé en une fraction de seconde en tant que parents de nos propres enfants, tout en haut de la liste. En un laps de temps infime nous sommes devenus les seuls grands à même de veiller sur leur lignée.


« En fait, maintenant que ton père et ta mère sont morts, tu es orpheline … » Paola


Je me souviens encore de cet instant presque brutal, mais pourtant si spontané et si vrai, lorsque ce petit bout d’amour de 6 ans m’a dit en toute simplicité « en fait, maintenant que ton père et ta mère sont morts, tu es orpheline … ? ».

En tant qu’adultes on a souvent tendance à mettre des filtres et des pincettes partout, pour ne pas froisser les esprits, pour ne pas vexer les personnes, mais la vérité est bonne à entendre, même si elle déstabilise parfois. Et oui, elle avait raison, je n’avais plus mes propres parents.
J’étais orpheline, c’est vrai, mais comme je l’ai souvent dit, même si mes deux parents étaient décédés je n’ai pas souvenir d’avoir éprouvé un « vide sidéral » ou de m’être dit que ce serait insurmontable.

Quand on le fait par choix, le fait d’accompagner des personnes en fin de vie, et surtout quand ce sont nos proches, est un moment qui nous permet de remplir un vase invisible d’amour, d’émotions, de souvenirs, de regards et d’échanges vrais, c’est un peu comme si on prenait conscience que bientôt, il n’y aura plus d’eau et qu’on nous permet de faire des réserves avec des contenants adaptés pour ne plus jamais avoir soif.

J’avoue, ça aura été une étrange sensation que de prendre conscience que dorénavant, même jeunes, nous devenions les aînés de notre petite famille… mais d’avoir pu accompagner nos aînés m’aura surement permis d’avancer peu à peu vers cette nouvelle réalité, et de l’accepter pleinement.

Au plaisir d’échanger avec vous, 

Armelle

Une annonce, des histoires

approche, blog

Avancer avec une thanadoulaEn prenant cette photo j’ai eu envie de vous partager mon point de vue concernant L’Annonce, ou plus précisément les annonces, car il n’y a pas qu’un seul type d’annonce.

Il existe tout type d’annonces, comme par exemple l’annonce d’un départ, l’annonce d’un divorce, l’annonce d’une grossesse qu’elle soit désirée ou pas, l’annonce à une femme enceinte de la présence de problèmes graves du bébé qu’elle porte, des annonces de maladies incurables, des annonces de fin de vie, l’annonce d’une mort…

La façon dont est faite cette fameuse « annonce » va, sans qu’on en soit conscient, définir le sentiment qui va accompagner les évènements et les expériences de chacun au fil des jours, des semaines, des mois voire des années.

Il existe des annonces froides et distantes tandis que d’autres peuvent être douces et bienveillantes, il en est des plus ou moins respectueuses, il en est qui préservent et d’autres qui détruisent et isolent.

Ainsi, il peut arriver que l’annonce maintienne la personne dans un processus de déni, dans un état de choc, ou au contraire qu’elle l’accompagne dans l’acceptation d’une situation nouvelle.

En fonction de la façon dont tout cela est vécu suivront alors des sentiments tels que la colère, la solitude, le calme, la peur, la sérénité, la tristesse, l’acceptation,

Imaginez qu’on vous annonce une grossesse non désirée comme étant une très bonne nouvelle, ou qu’au contraire on vous fasse culpabiliser pour la énième grossesse que vous débutez alors que pour vous c’est le plus grand bonheur,

Imaginez que l’on vous annonce une interruption médicale de grossesse ou une mort fœtale in utéro comme étant une « bonne chose » étant donné que votre tout petit n’est pas encore un « vrai bébé », alors que pour vous il a déjà toute sa place dans votre vie de couple et de famille, car pour vous, il existe déjà,

Imaginez que l’on vous annonce une maladie incurable avec des termes que vous ne comprenez pas et que, tel un enfant, vous n’osiez pas poser de questions, 

une annonce en bienveillanceImaginez que vous soyez reconnaissant pour la vie que vous avez eue jusque-là et que vous soyez prêt à tirer votre révérence sans acharnement thérapeutique et que l’on vous fasse comprendre que la priorité est de vous soigner,

Autant de situations qui peuvent écrire l’histoire de chacun, pendant les jours, les semaines, ou les mois qui suivent et souvent jusqu’au dernier jour.

Il y a pas si longtemps que ça, j’ai pu rencontrer un interne qui confirmait à mon papa qu’il avait une tâche au niveau du cerveau. Ce futur médecin a pris le temps de répondre à nos interrogations tout en laissant le côté officiel de l’annonce aux neurologues quelques jours plus tard.

Ce n’était certes pas une bonne nouvelle car elle annonçait une fin plus ou moins proche, mais l’annonce a été la plus douce possible et n’a donc pas été vécue comme un choc pour mon père qui s’est voulu rassurant envers nous et qui nous a dit avoir profité de chacun des instants de sa vie. Sa réaction était pleine d’acceptation et d’amour envers sa vie et envers nous tous.

« Ce n’est pas nous qui faisons l’histoire. C’est l’histoire qui nous fait »   Martin Luther King


De part ma formation de doula et de thanadoula, en tant qu’accompagnante je sais à quel point il peut être important et nécessaire pour une personne de raconter la même histoire 1 fois, 10 fois , 100 fois ou parfois 1000 fois jusqu’à l’accepter, jusqu’à s’en « détacher » et jusqu’à ce qu’elle retrouve sa paix intérieure.

En fonction de comment l’annonce a été faite, il peut arriver que la personne ait besoin de temps pour comprendre ce qui  lui arrive et pour accepter.

Que ce soit pour une interruption médicale de grossesse, pour un deuil périnatal ou pour l’annonce d’une maladie incurable nous avons tous besoin de temps, et en tant que doula de fin de vie nous savons à quel point ce temps est vital pour l’équilibre de la personne qui vit cette situation.

Ce temps n’est jamais du temps perdu, il est précieux pour le développement de la personne qui a besoin de verbaliser un choc, une incompréhension et donc une possible souffrance.

Vous voulez faire un cadeau à quelqu’un ? Offrez lui un temps d’écoute sans jugements, sans lui couper la parole, sans parler de votre propre histoire et sans phrases maladroites comme « oui, tu m’en as déjà parlé mais tu ne vas pas revenir dessus à chaque fois »… ce cadeau n’aura pas de prix, soyez-en certains.

Vous n’êtes pas à l’aise ? il existe des professionnels qui sont forts dans ce domaine, mais ça, c’est pour un prochain post …

A bientôt,

Armelle