
Alors que je commence à écrire, je me demande encore la photo que je vais choisir pour accompagner cet article, d’autant plus que le contenu a pour but de vous parler de caresse auditive.

Alors que je commence à écrire, je me demande encore la photo que je vais choisir pour accompagner cet article, d’autant plus que le contenu a pour but de vous parler de caresse auditive.

C’est toute chamboulée par les émotions que je vous partage cet article, en sachant qu’il est plein de confiance, de légèreté, d’amour et de surprise à la fois.

« Et cette perle de pluie
Qui caresse ta peau,
Et cette larme de nuit
Qui te rappelle ce qui est beau.
Les regards qui se posent
Et qui admirent ton chemin
Sans que rien ne s’impose
Car tel est notre destin.
Des jours de soleil
Des jours de brouillard
Des jours de chaleur
Et des jours de froid.
Chaque instant est unique
Et pourtant éternel,
Chaque instant est pudique
Et pourtant si réel… »
Armelle Xochitl
(Explication de cette « Spéciale dédicace » : Un jour alors que je marchais, j’étais au téléphone avec mon papa. Nous étions en plein échange quand je me souviens lui avoir dit « Papa, laisse moi une toute petite seconde, je vais prendre une photo et je te l’envoie, je viens de voir quelque chose de très beau ». En marchant cette petite perle avait pour ainsi dire scintillée au loin, et en m’avançant, je l’avais vu briller devant mes yeux. J’ai envoyé la photo à mon papa, et je lui ai lu le poème que j’ai écrit en raccrochant d’avec lui. Quelques semaines plus tard, c’est cette même photo que nous avons décidé d’utiliser pour la carte de remerciements suite à son décès.)

Pensez-vous pouvoir vous jeter à l’eau,
Alors qu’une plaie ouverte, se trouve sur votre peau ?
Pensez-vous pouvoir tenir debout,
En ayant une fracture éclatée en 1000 petits bouts ?
…
Le deuil c’est un peu comme ça…
…
Chercher à se relever de suite,
Se murmurer que ça va,
Risque de faire plus de dégâts,
Que de vous aider pas à pas.
…
Les injonctions, les obligations,
Les « il faut que » et les « tu n’as qu’à »
C’est comme mettre un pansement,
Sans voir s’il y a une infection.
…
Prenez le temps qu’il vous faudra,
Car dans ces histoires-là,
La « normalité » n’existe pas.
…
Chacun a son histoire,
Chacun a sa douleur,
Chacun a son chemin,
Chacun le gère comme il peut.
…
Le deuil ne se compte pas en heures.
Armelle Xochitl
(spéciale dédicace)

« Et dire que depuis quelques jours
On surveillait la trotteuse,
Elle faisait de son mieux,
Mais sa cadence ne valait plus rien.
Elle pensait avoir des lustres,
Mais à la place tout s’est effrité,
Quand elle a compris que son rythme
Ne serait plus jamais retrouvé.
Elle espérait pouvoir prendre son temps
Et te faire vivre plus longtemps,
Mais ce temps lui a filé entre les doigts
Comme le sable dans l’océan. »
Armelle Xochitl
(#spéciale_dédicace)

Aujourd’hui j’ai eu envie de questionner une IA (intelligence artificielle) et je lui ai demandé de décrire le métier de thanadoula. Voici sa réponse :
« Le métier de thanadoula, encore peu connu, occupe une place précieuse dans le processus de deuil. Contraction des termes « thanatos » (la mort en grec) et « doula » (celle qui accompagne en grec ancien), la thanadoula offre un soutien émotionnel, pratique et spirituel aux personnes en fin de vie et à leurs proches. À la manière des doula de naissance, qui assistent les familles lors des naissances, les thanadoulas interviennent pour adoucir la transition vers la mort.
Lorsqu’une famille est confrontée à la perte imminente d’un être cher, le monde semble souvent basculer dans l’incompréhensible. C’est là que la thanadoula intervient, avec une présence empreinte de calme et de compassion. Elle écoute les histoires, les peurs, et les regrets. Grâce à elle, les moments d’adieu peuvent se transformer en instants de recueillement et de partage, offrant un espace pour exprimer l’amour, la gratitude et les au revoir.
Le rôle de la thanadoula ne s’arrête pas à la mort. Après le décès, elle continue de soutenir les proches, les aidant à traverser le labyrinthe émotionnel du deuil. Elle peut offrir des conseils pour gérer les démarches administratives, proposer des ressources de soutien psychologique ou simplement être présente, disponible pour une conversation ou un silence partagé. Cette présence continue est cruciale pour beaucoup de familles, qui se sentent souvent démunies face à la perte et aux changements qu’elle impose.
Le réconfort qu’apporte une thanadoula repose sur sa capacité à créer un espace sécurisé où chacun peut exprimer ses émotions sans crainte de jugement. En célébrant la vie du défunt et en honorant ses derniers moments, elle permet aux familles de trouver une forme de paix et d’acceptation. Son accompagnement, ancré dans l’empathie et l’écoute active, aide les proches à intégrer le deuil de manière saine et à trouver la force de continuer leur propre chemin.
En somme, le métier de thanadoula est une vocation dédiée à la dignité et à l’humanité dans les moments les plus vulnérables de la vie. Elle offre un réconfort indispensable, un phare dans la tempête du deuil, et rappelle que même dans la mort, il y a de la place pour l’amour, le respect et la connexion humaine. »
J’ai lu une fois, puis deux fois, puis trois fois cette présentation et je me suis dit qu’elle était cohérente avec mon métier et avec ce que je fais.
Toutefois, même si cette intelligence artificielle est en mesure de décrire le métier de thanadoula, elle ne me connait pas, elle ne connait pas non plus mes accompagnements et elle ne sait pas que je fais également des soins énergétiques quand les personnes me le demandent, car je suis née avec cette particularité.
Je vous partage donc cette description avec une petite photo de moi en prime car je ne suis pas une IA mais bien la personne réelle qui est à vos côtés :-)
Au plaisir d’échanger avec vous,
Armelle

« Oui mais pour toi c’est facile, c’est ta formation et c’est ton travail »…
Cette phrase dite par ma maman alors qu’elle était en fin de vie a toujours eu un sens très spécial, plein de non-dits et sans le savoir, avec une certaine incompréhension.
Pour elle, parce que j’avais suivi une formation de doula et de thanadoula, je savais de toute évidence comment gérer des situations délicates, je savais annoncer avec tact et bienveillance, je savais ce qui arrivait ensuite, je savais poser les questions aux médecins et j’étais en mesure de retranscrire en explications compréhensibles, je savais gérer un deuil, des deuils, mon deuil si besoin, et donc, à ses yeux, tout était plus simple pour moi.
Un jour en lui disant que nous avions tous des étapes à franchir autour du deuil, moi y compris, elle m’a dit que comme je connaissais déjà tout ça, ce serait plus facile à gérer pour moi, et pourtant…
On a beau côtoyer la mort plus ou moins souvent de par nos choix professionnels, et on a beau savoir qu’un deuil prend du temps et qu’il comporte plusieurs phases, on n’est pas épargné pour autant quand cela nous concerne personnellement, que l’on soit thanadoula, thanatopracteur, infirmier en soins palliatifs, ou autre.
Un deuil reste un deuil pour qui que ce soit.
Lorsque je suis touché par le deuil, même en tant que thanadoula, je suis concernée par les différentes phases du deuil : comme tout le monde, je passe par une phase de « déni« , de « colère« , pour ensuite basculer sur du « marchandage« , pour vivre une phase de « dépression« , et pour arriver au final à la phase de « l’acceptation« .
La « chance » que j’ai est de savoir que tout ça est normal, et que si je passe d’une émotion à une autre c’est également normal, que le temps est et sera toujours mon meilleur allié, que le processus prend le temps qu’il faut, et qu’il ne se visualise pas sur un calendrier.
« Ce que nous avons jadis apprécié et profondément aimé, nous ne pouvons jamais le perdre, car tout ce que nous aimons profondément fait partie de nous » Helen Keller
Que l’on soit jeune ou moins jeune, un homme ou une femme, thanadoula ou pas, nous sommes tous un jour ou l’autre amenés à vivre un deuil.
Ce deuil peut arriver suite à un décès attendu ou inattendu, mais également suite à un évènement qui vient « chambouler notre plan de vie ».
Ainsi, il peut nous arriver de vivre tout type de deuils comme celui de la perte d’un proche, celui autour de la prise de conscience qu’on n’aura jamais la famille idéale dont on rêvait, celui des enfants en bonne santé qui sont finalement porteur d’une maladie grave, et bien d’autres deuils pas forcément en rapport avec une mort physique.
A chaque fois, et pour chaque type de deuil, les fameuses phases que sont le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation se présentent à nous, plus ou moins intensément.
Je vous partage un exemple très personnel.
Il y quelques mois je me suis retrouvée à devoir choisir entre rester au sein d’un groupe dans lequel je me trouvais pourtant très bien et d’accepter le changement des « règles », ou de respecter mes convictions et de partir.
Mon choix a été fait et pourtant, même si c’était mon propre choix, le déni s’est présenté à ma porte, m’obligeant à lire et à relire les messages pour savoir si je ne me trompais pas, si je n’avais pas interprété les nouvelles consignes… la colère et la tristesse ont affecté mon sommeil, mon corps a parlé par le biais de migraines très fortes (prise de tête peut-être), j’en suis devenue aphone pendant quelques jours avec beaucoup de mal à avaler ma salive (ou la nouvelle, je ne sais pas), puis, j’ai essayé de trouver de possibles solutions sans réaliser que j’étais en plein marchandage avec moi même. Pendant des mois, j’ai ressenti une très grande tristesse, un sentiment d’avoir vécu une injustice par le fait d’avoir perdu les liens humain qui me semblaient à un moment tellement précieux…
Le temps a passé, l’acceptation est arrivée peu à peu et j’ai réalisé que je n’aurais plus les mêmes liens qu’avant, et que l’histoire ne serait plus jamais la même, et aujourd’hui c’est ok.
Mon choix m’a fait perdre le lien qui s’était tissé me laissant seule une nouvelle fois, comme le jour où j’ai réalisé que je n’avais plus ni mon père ni ma mère.
« On ne guérit d’une souffrance qu’à condition de l’éprouver pleinement » Marcel Proust
S’il vous arrive de vivre un deuil, quel qu’il soit, gardez en tête qu’il est normal de traverser différentes émotions, et qu’elles nous touchent tous, grands, petits, hommes ou femmes, thanadoulas ou pas, sans distinction.
Au plaisir d’échanger avec vous,
Armelle


» Il y a un moment où les mots s’usent et le silence commence à raconter » Khali Gibran
En vous écrivant ces mots, je me souviens quand j’avais 8 ou 9 ans, et que ma professeure de piano me disait « Armelle, les silences c’est de la musique, il faut savoir les respecter. »
Sans silences, la mélodie serait une suite de notes sans les nuances que l’on peut percevoir grâce à ces ouvertures, faites via des pauses silencieuses.
Sans silences, un échange serait une suite d’évènements que l’on n’a pas le temps de saisir, de vivre, de comprendre.
Parfois on ne trouve plus les mots pour partager une histoire, son histoire, son vécu, et parfois, à ce moment là, on accède à une émotion qui ne peut pas être traduite via des paroles, mais par le silence.
Un frisson, un œil qui brille, une larme, …. le silence parle différemment, et très souvent, il le fait profondément.
Respecter ces instants fait aussi partie de mon métier de thanadoula (i.e. doula de fin de vie, death doula…).
Au plaisir d’échanger avec vous,
Armelle
Certains d’entre vous diront « il suffisait de demander », d’autres vont parler de hasard, là où d’autres vont utiliser le terme de synchronicité.
Moi j’ai juste envie de résumer tout ça en disant que tel un petit clin d’oeil qui me parvient et qui fait du bien, c’est une réponse à mes questions et à mes demandes formulées à peine quelques minutes après les avoir ressenties dans mon coeur d’enfant, un peu comme si une porte magique s’était ouverte pour me permettre d’avoir des réponses.
Pour vous resituer la scène, petit retour en arrière.
Je suis bien, sereine, dans un état de calme et de plénitude et me trouve entre méditation et sieste. Juste avant de fermer les yeux j’ai eu l’envie de mettre une musique douce pour m’accompagner. Une play liste spécifique avec du piano et des morceaux qui se suivent de façon aléatoire.
Au son des notes je me retrouve il y a deux ans de ça, peu de temps après le décès de ma maman, en train de ranger la maison et ses affaires, et en train de me retrouver comme une petit fille qui espère découvrir une surprise au détour d’un tiroir ou d’un magazine.
Je me suis vue quand, pendant des jours j’étais en train de ranger ses affaires, à classer ses papiers, à gérer l’administratif, à remettre en ordre ce qui ne servirait plus, à laver ce qui devait l’être, à garder précieusement ce qui allait faire l’objet d’échanges et de partages en famille.
Pendant des jours et des jours j’ai fait l’aller retour entre mon chez nous familial et son chez elle qui était aussi le chez nous de notre enfance et de nos années de jeunes adultes.
Pendant des jours et même des semaines j’ai pu prendre le temps nécessaire pour me faire à l’idée de sa mort, un peu comme si j’avais pu accompagner la chute du cordon ombilical de la fin de vie, celui qui reliait la vie et la mort, celui qui lui avait permis de rester encore un peu avec nous tous, celui qui m’avait permis de me préparer à l’idée de la voir partir pour toujours .
Je me souviens que pendant des jours j’ai caressé et j’ai senti sauvagement ses habits, son oreiller. J’ai fait bouger ses bijoux encore accrochés en attente d’être portés, j’ai promené ses chaussures à mes pieds pour qu’elles regardent encore ce que ma mère avait tant aimé avant.
En ces jours là, comme une petite fille j’ai aussi espéré trouver un mot petit caché à mon attention, une lettre, quelque chose qui m’aurait été adressée personnellement, rien qu’à moi. Je ne demandais pas une lettre entière, non, juste quelques mots à mon attention, un peu comme un dernier câlin que j’aurais pu lire et relire, encore et encore les jours où j’en aurais eu envie.
« Chaque ligne d’écriture est un fil tendu entre la vie et la mort »
Jean-Marie Laclavetine
Et bien non, aucun mot, rien, nada.
Vous vous demandez sûrement pourquoi attendre un mot de quelqu’un car tout le monde n’est pas censé écrire et surtout cacher des mots. C’est vrai, mais que voulez-vous, mon papa était passé par là quelques mois plus tôt et, sans le savoir, il m’avait fait un cadeau extraordinaire. Il avait un cahier où il avait marqué des choses importantes à ses yeux et où il avait écrit au tout début une phrase du genre « si vous découvrez ce cahier et que je suis encore en vie, ayez la délicatesse de ne pas le lire« . On ne le connaissait pas, ni mes frères ni moi-même, et au décès de mon papa, en le lisant j’ai découvert un poème manuscrit qu’il me dédiait. En le lisant j’ai pleuré les larmes de mon corps, des larmes d’amour et je l’ai glissé dans mon coeur pour toujours.
En écoutant la musique aujourd’hui je crois que mon coeur s’est remémoré ce manque laissé suite au décès de ma maman. Elle se savait en fin de vie, mais finalement, peut être qu’elle ne pensait pas que c’était aussi proche, et puis peut être qu’elle n’avait tout simplement pas voulu le faire. Je ne savais pas.
En partant en méditation je me demandais pourquoi il n’y avait pas eu de mot, et ma demande a été tellement forte je crois que j’ai eu la réponse quelques minutes après.
Je me relève, et « sans savoir pourquoi » j’ouvre mon application Netflix, je vois une recommandation, je clique et je découvre un titre qui dit « tell me when » (« dis moi quand » si traduit de l’anglais ou « toi, dis moi quand » si traduit de l’espagnol …). Je ne connais pas. Je clique. surprise, c’est un film mexicain (tout comme ma maman) dont le titre est « dime cuando tu ». Je souris, accueille le clin d’œil mexicain je me dis qu’à la fin je vais écrire l’article en pensant à elle, mais avant je décide de regarder quelques minutes. Surprise ! le film parle de quelqu’un qui écrit des choses pour un membre de sa famille mais qui n’arrive pas à le lui donner car il meurt de façon soudaine.
Je suis chamboulée, j’arrête le film et je décide d’écrire tout de suite mon article en pensant à ma maman.
Entre temps, je reçois un message sur Instagram, je le regarde, je scroll une fois et je découvre un post qui dit que dans la vie « il n’y a pas d’heure, il y a des trains qui partent à n’importe qu’elle heure et qu’il suffit juste de prendre le train« … chamboulée je partage ce post sur mon compte car il me parle et car il peut aussi parler à d’autres, je le trouve beau et vrai…
Dans les secondes qui suivent je reçois un message de quelqu’un qui a des antennes bien connectées mais qui refuse de les sentir pour l’instant (je lui dédie ce message par la même occasion); le message qui s’affiche sur le post qu’elle me partage est « any time« ….. (« à tout moment »)
J’ai donc la réponse à me question. Il suffisait de la poser dans mon coeur, et non plus dans ma tête.
Le train est passé, je n’ai pas pu avoir de petit mot écrit mais le clin d’œil et l’accolade viennent d’ailleurs, de là où elle se trouve en ce moment même. Un peu comme si elle me prenait pas la main pour me dire qu’elle me donne son petit mot maintenant, empli de poussière d’étoiles que je capte aujourd’hui, et autant vous dire que mes larmes d’amour viennent de remplir mon coeur une nouvelle fois.
« Oser demander ouvre la porte du oser recevoir » xochitl
En tant que thanadoula, il m’arrive de permettre aux personnes en fin de vie de partager des souvenirs, mais depuis le décès de mes propres parents, j’ai pris l’habitude d’oser écrire ce que j’ai envie de transmettre à mes propres enfants plus tard, des souvenirs qu’ils connaissent mais qui resteront écrits sur un joli papier, dans un joli cahier, avec mes dessins et mes mots doux. Peut être que pour eux ce sera la même chose car pour moi, lire les lignes écrites par mon papa a été un peu comme du baume ou coeur, ou comme des pansements de l’âme.
Avant, on avait l’habitude d’envoyer des lettres ou des cartes postales, alors osez écouter vos envies, écrivez, enregistrez des souvenirs, filmez les moments doux car il s’agit de partages d’amour.
Maintenant que les mots sont posés, je vais aller regarder le film en entier car c’est peut être une pépite, ou peut être que c’est un bide total, mais peu importe, j’ai eu les messages que j’étais censée recevoir aujourd’hui.
Au plaisir d’échanger avec vous,
Armelle
Il est des personnes qui gardent précieusement certaines dates dans leur coeur, parfois en silence, sans rien dire au reste du monde, un peu comme s’ils avaient peur d’avouer que oui, encore, cette date rappelle une absence qui est marquée, voire presque ancrée dans leur vie. Ils n’osent pas en parler, ils pensent être les seuls à s’en souvenir et à vivre ça, sans jamais vraiment oser tendre une perche qui pourtant pourrait être salvatrice, car qui sait, peut être que d’autres vivent la même chose, en silence, sans jamais oser l’avouer.
Il en est d’autres qui partagent des dates souvenirs avec pudeur, distillées au compte goutte, histoire de se protéger car qui sait, peut être qu’elles ont peur de s’entendre dire la phrase assassine mais bien réelle qui, telle une piqûre de serpent les fait trembler de l’intérieur lorsque se forme la phrase « vraiment ? tu y penses encore ? mais pourtant ça fait des années maintenant,…. tu peux passer à autre chose, non ?«
Il y a ces personnes qui assument et qui parlent des dates importantes, mais uniquement dans un cercle très proche, comme pour maintenir un souvenir, un peu comme des gardiens de la mémoire qu’ils ont peur de se voir déliter au fil du temps.
Et puis, il y a ces personnes qui osent souhaiter un bon anniversaire même s’il s’agit d’un défunt, et qui font que d’un seul coup, tel un feu d’artifice dans un coeur silencieux, commencent à pétiller de joie les souvenirs.
« Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés » proverbe malgache
Quelle douce caresse à l’âme que de savoir que quelqu’un d’extérieur pense à l’anniversaire d’un de ses défunts, que ce soit celui de son père, de sa mère, de sa moitié, de son enfant ou de son bébé né sans vie. Savoir qu’ils ont encore une place dans un « calendrier » autre que le nôtre leur donne une place et une existence.
Lors de ma formation pour devenir doula, j’ai fait le choix de consacrer mes travaux de fin d’études autour du deuil périnatal avec comme sujet « le grand silence du deuil périnatal » car oui, c’est un sujet dont peu de gens parlent.
Quand il s’agit du deuil de quelqu’un qui a vécu un temps certain ou un certain temps, il est possible de partager des souvenirs communs et de se souvenir d’un anniversaire, d’une date de décès ou d’une autre date importante à nos yeux, et oser le faire naturellement peut être un beau cadeau pour celui qui le reçoit.
« Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents, dans la mémoire des vivants » Jean D’Ormesson
Dans le cadre d’un deuil périnatal, on peut se sentir moins à l’aise dans les échanges, par peur de laisser sortir des mots qui peuvent devenir maladroits même si au départ ils se voulaient rassurants, alors, que faire ? RIEN.
Si vous voulez accompagner une personne dans le cadre d’un deuil périnatal vous n’avez rien à faire de spécial que de l’écouter, tout simplement, et de lui donner la possibilité en tant que maman, que papa, que frère ou que sœur de partager le souvenir de la date si importante à ses yeux. La date de sa « perte », celle d’une intervention, celle des obsèques, celle de la date présumée de naissance, celle de sa naissance… La date importante à ses yeux a un sens bien plus grand qu’on ne peut l’imaginer de l’extérieur, et si vous gardez cette date en tête et qu’un jour vous avez l’élan de lui montrer que vous y pensez encore, sans le savoir, vous serez peut être en train de lui offrir un très beau feu d’artifice dans son coeur.
Au plaisir d’échanger avec vous, et surtout, osez être naturels quand c’est le coeur qui vous guide.
Armelle
Insensibilité : Dire que tout va bien alors vous savez que ce n’est pas le cas, un peu comme si vous répondiez à quelqu’un qui vous demande si vous avez rencontré la pluie, que non, qu’il n’a pas pas du tout plu, alors même que vous êtes trempé de la tête aux pieds.
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle » Proverbe turc
Hypersensibilité : Vous savez qu’il va pleuvoir avant même de voir le ciel, car vous sentez cette dépression qui arrive alors que d’autres la voit au niveau du baromètre, vous avez des douleurs dans votre corps, voire même un mal de tête qui s’installe quand une tempête se prépare… les gens vous prennent pour quelqu’un de « bizarre ».
Autre exemple ? Vous avez peut être déjà senti une odeur de gaz en rentrant dans une pièce, au point de vous inquiéter et de chercher une fuite, ou, si vous n’êtes pas chez vous, au point de demander à la personne chez qui vous êtes si elle sent quelque chose et de l’inciter à chercher ? Inquiet, surpris, perturbé vous allez tout faire pour comprendre d’où vient cette odeur, au risque de ne pas accepter de rester tranquillement assis sur le canapé alors même que votre esprit est inquiet car il a senti que quelque chose n’était pas normal. Là où une personne « normale » va sentir une fuite de gaz (et heureusement), la personne hypersensible va remarquer très rapidement une odeur inhabituelle même si l’arrivée de gaz est restée ouverte que quelques secondes de trop, par inattention, avant d’allumer la flamme.
La personne hypersensible va être chamboulée par les odeurs, agréables ou désagréables (on ne choisit pas), par les bruits mais également par tout ce qui est inhabituel, par des émotions non dites, cachées ou même minimisées.
En rentrant dans une pièce, si quelqu’un est triste, la personne hypersensible va le sentir, un peu comme si les pores de sa peau respiraient et sentaient cette variation, alors imaginez quand on parle de deuil.
Pas besoin de parler de mort au sens propre car celui qui est hypersensible sentira tout type de tristesse, celle de la perte d’un être cher bien sûr, celle qui vient quand certaines personnes comprennent qu’elles ne pourront pas avoir ce bébé tant désiré, celle qui fait suite à la « mort » d’une situation, à la fin d’un rêve, d’une vie attendue, d’un projet qui ne pourra plus voir le jour…
Il existe des fins heureuses et des fins plus tristes, et pour chacune d’entre elles, la personne hypersensible peut sentir qu’il y a « quelque chose » qui se passe, sans pour autant savoir le définir.
Cette sensibilité concerne des adultes qui apprennent à vivre avec au quotidien, mais bien entendu, beaucoup d’enfants sont dans cette boucle, d’autant plus délicate et fragile qu’ils découvrent la vie, les plaisirs, les frustrations, les tristesses, la mort et les deuils.
Dire à un enfant que tout va bien alors qu’il perçoit l’inverse ne lui permet pas de valider ses émotions et ce qu’il sent. S’il a le sentiment que vous êtes triste et s’il vous interroge, osez lui dire que oui pour telle et telle raison, sans le culpabiliser, mais en validant son ressenti.
« Dire à un enfant que tout va bien quand vous savez pertinemment que ça ne va pas, c’est un peu comme chercher à lui faire croire que l’eau qu’il touche est agréable alors qu’elle est congelée ou bouillante… » Xochitl
Quand un enfant, un jeune ou parfois un adulte vous demande comment va la personne qui est malade, qui est en fin de vie, ou qui est mourante, osez lui dire qu’effectivement elle ne va pas bien mais que vous ne savez pas ce qu’il en sera pour la suite. Ce n’est pas forcément à vous d’annoncer des nouvelles que vous pouvez trouver dures, mais dire que tout va bien alors que ce n’est pas le cas revient à dire que ça ne sent pas le gaz dans une pièce où il y a bien une fuite avérée.
Il arrive que des parents préfèrent taire le décès d’un grand-parent ou d’un membre de la famille pour préserver leur propres enfants, en se disant que de toute façon ils sont trop jeunes pour comprendre, sauf que ce qui va se jouer ne concerne pas uniquement la « perte » de cette personne mais l’arrivée d’émotions parfois nouvelles, des larmes, des soupirs, des regards différents le temps de quelques heures, de quelques jours et pour certains de quelques semaines ou mois.
Un enfant en bas âge peut manger des purées de légumes à la vapeur préparées ou achetées en petits pots (je ne juge pas du tout, note d’humour), et à côté, il va grandir en sentant des odeurs de cuisine préparées par et pour les adultes. Cet enfant va se créer une éducation olfactive grâce aux papilles gustatives titillées par les odeurs qui caressent son nez, car il est maitre en la matière d’éducation gustative.
Pour les deuils c’est la même chose, si l’on autorise les émotions et les sentiments et si on leur donne la place nécessaire dès le début, cela permettra aux personnes hypersensibles, tout comme aux enfants et aux jeunes en général, de découvrir et de savoir ce qui se passe vraiment en eux, et d’accepter leurs émotions.
Armelle, une hypersensible assumée
Dans un groupe on s’est lancé un défi, celui de partager une photo avec pour thématique « autoportrait ». Je me suis prise au jeu et j’ai même écrit ces quelques mots qui au final me décrivent bien. Je vous les partage, histoire que nous puissions faire plus amplement connaissance,
« Qui suis-je ? juste moi, rien de plus, rien de moins.
Ma présence auprès de vous, est possible maintenant ou demain,
Je peux marcher à vos côtés, ou je peux vous donner la main,
Je suis là en cas de doutes, de questions, de besoins.
Un peu comme une fille, un peu comme une grande sœur,
Je peux être là auprès de vous, en cas de douleurs et de peur.
Je suis moi, Armelle, thanadoula, poète,
Amoureuse des mots, je soulage des maux.
J’ai toujours été bizarre, comme disent des proches,
Mais j’assume cette sensibilité, car c’est ma force, je le sais. »
Xochitl

« Guide moi à travers
ces chemins étranges,
Où l’on croise des fées
Où se promènent les anges,
Où le jour devient nuit,
Où la mousse devient vie,
Et où sans crainte on s’endort
Jusqu’au petit matin.
Là où les astres nous éclairent
Là où chacun vit ses rêves
Là où le temps s’arrête
Pour ne durer qu’une éternité. »
Armelle Xochitl
Depuis quelques jours sur mon compte instagram je mets en en avant une de mes photos avec une citation qui me parle, et la citation d’aujourd’hui est la suivante :
« Il n’y a pas de honte à préférer le bonheur » Albert Camus
Cette citation me donne envie, pour une fois, de vous parler un peu de moi et de l’histoire que j’ai eu la « chance » de vivre ces dernières années.
Certains connaissent mon parcours, mais pas tous, alors aujourd’hui je vous partage un petit bout de moi.
Cela faisait presque 18 ans que je travaillais dans le tourisme à Saint Emilion, et un jour, alors que j’attendais mon directeur et des collègues pour commencer une nouvelle réunion, un des panneaux du « festival philosophia » posé contre un des murs m’est littéralement tombée sur la tête. J’avoue, je me balançais sur la chaise en attendant tout le monde, mais à aucun moment, moi qui ai fait des études d’anglais, je ne m’attendais à recevoir une citation de Shakespeare me tomber sur la tête. (les panneaux du festival philosophia sont très grands car mis en avant partout dans la ville dans le cadre du festival de philosophie, et ils illustrent la thématique de l’année avec des dessins et des citations. Une fois le festival terminé, des structures ayant participé d’une façon ou d’une autre reçoivent un ou plusieurs panneaux en signe de remerciement).
Voici ce que disait cette citation :
“Tout esclave a en ses mains le pouvoir de briser ses chaînes” de William Shakespeare
Deux jours après ma rencontre avec Shakespeare commençait un échange avec mes supérieurs et un début de négociation concernant une rupture conventionnelle.
Une fois le départ validé, presque par magie (une fenêtre s’est littéralement ouverte sur mon ordinateur sans explication et sans raison) j’ai accepté les signes qui se présentaient à moi et, sans savoir pourquoi exactement, je me suis inscrite à une formation pour devenir Doula. Cette formation aura finalement été très importante pour moi car elle m’aura apporté 1001 informations précieuses autour de la naissance, des droits, des postures, de l’écoute, et du pouvoir de chacun à trouver ses propres solutions (je le fait en version très courte).
Toujours en me laissant guider par les signes de la vie, à la fin de mon année de formation je me suis inscrite à une nouvelle formation ouverte aux doulas souhaitant accompagner la fin de vie pour ainsi devenir une Thanadoula, ou de doulas de fin de vie.
Le rapport entre le métier de doula et celui de thanadoula (j’ai déjà fait un post à ce sujet que je vous invite à lire) ? Pour moi, même si c’est l’opposé au niveau « timing » car l’un concerne la naissance alors que l’autre touche la mort, les deux métiers sont très proches car autant pour l’un que pour l’autre on accompagne des personnes dans des étapes qui peuvent être mouvementées car inconnues, on est à leur côtés en leur permettant d’avancer et de cheminer peu à peu, en s’autorisant des choses, en osant demander ou en se permettant également d’en refuser d’autres.
J’ai donc suivi cette nouvelle formation pour devenir thanadoula pour ensuite apprendre, moins d’un an plus tard, que mon papa faisait une récidive très rare d’un cancer qu’il avait eu des années auparavant, et pour découvrir presque au même moment que ma maman avait un nouveau cancer (qui n’avait aucun lien avec le premier qu’elle avait eu près de 10 ans auparavant).
Vous allez vous demander où est le rapport avec la citation du bonheur d’Albert Camus, et votre interrogation est légitime, mais pour moi, le cheminement qui commençait à ce moment-là prenait tout son sens.
Pendant des mois, et jusqu’à leur tout dernier souffle, j’ai accompagné mon papa et ma maman. Depuis l’annonce de la maladie jusqu’à la toute dernière visite du médecin venant officialiser leurs décès, j’ai suivi leur quotidien, jour après jour, avec une disponibilité totale, par choix, jamais par obligation.
Au fil du temps, alors que la santé de mes deux parents se dégradait peu à peu, dans mon entourage on se questionnait quant à ma décision de les prendre totalement en charge.
Au fil du temps on me disait que, comme j’étais très impliquée, ça allait être très dur pour moi une fois qu’ils ne seraient plus là, que j’aurais du mal à me relever… Certains m’ont également mis en garde concernant mon corps et son épuisement, on m’a dit que je pourrais perdre mes cheveux suite au choc émotionnel, on m’a invité à faire attention à mes émotions non extériorisées, on avait peur pour moi.
Et pourtant, chaque moment passé avec mes parents aura été comme une petite goutte qui vient remplir un vase d’Amour jusqu’à le remplir à ras bord. Chaque expérience, chaque moment plus ou moins dur, je le conçois, m’aura permis d’accepter et de me préparer à leur départ définitif pourtant très proche.
Bien entendu j’ai été triste, bien entendu j’ai pleuré, et comme tout le monde d’ailleurs, mais le retour à mon quotidien a été serein et paisible, sans remords, sans regrets. Je me suis autorisé le bonheur, même si parfois j’ai eu des doutes.
Des doutes de mon bonheur ? non, mais des doutes concernant mes capacités oui, je le reconnais car, à force d’entendre que « même si j’avais l’impression que ça allait, à un moment ou à un autre ma tristesse allait me rattraper »… oui, j’ai fini par avoir des doutes.
J’ai donc pris rendez-vous avec une psychologue pour comprendre. Je voulais qu’on me dise si j’étais normale de ne pas être effondrée, de continuer à vivre sereinement, d’accepter la mort de mes parents après avoir été à leur côté pendant 6 mois pour l’un et pendant 1 an et demi pour l’autre.
Je la remercie pour notre échange car son sourire a été la validation de mes émotions, de mon histoire et car elle m’a confirmée que oui, j’étais normale et que j’avais le droit de m’autoriser ce bonheur (je vous le fait en mode rapide, encore une fois).
Donc oui, tout ça pour vous dire qu’il y a autant de deuils que d’histoires et autant d’histoires que de morts. Chacun chemine à son rythme et alors que certains s’autorisent le bonheur, d’autres n’osent pas.
S’autoriser à vivre pleinement ses émotions permet de s’autoriser à avancer peu à peu dans son deuil et dans sa vie, à son rythme car chacun est unique.
Au plaisir d’échanger avec vous.
Armelle
Certaines personnes disent avoir peur de la mort mais peut-être que leur peur première est celle de ne plus vivre, de ne plus être, de devoir tout laisser et de ne plus revoir les personnes qu’elles aiment.
« Celui qui a peur de la mort ne peut pas apprécier le plaisir de la vie » Djamel Fadel
D’autres personnes peuvent avoir peur face à quelque chose qu’elles ne connaissent pas, ce qui est légitime, car qui que l’on soit on perd pied, on ne sait pas, et surtout dans ce genre d’évènements on n’a pas des repères précis transmis par quelqu’un que l’on connaît bien et à qui l’on peut faire confiance. On peut lire des choses, certes, entendre des partages d’expériences mais le doute persiste toujours, car rien n’est officiel et vérifié, ce qui peut expliquer cette peur.
En tant qu’accompagnante des personnes en fin de vie, je rencontre des personnes qui continuent de vivre, même si elles ont peur de mourir, elles gèrent leurs craintes et savourent la vie qu’il leur reste à vivre.
D’autres au contraire, celles qui ont une peur tellement grande de la mort, permettent que la peur prenne le dessus sur leur propre vie, au point de la voir presque figée, sans la consistance pourtant nécessaire à la nourrir. Par peur de la mort, certaines personnes peuvent se renfermer sur elles mêmes physiquement, émotionnellement ou psychiquement au point de mourir à petit feu, sans pour autant s’en rendre compte.
En fermant les yeux j’ai ce souvenir qui me revient lorsque par peur de tomber malade et de mourir à cause d’un « méchant virus », elle a mis une distance physique avec tout son entourage. Il fallait le moins possible de contacts physiques, pas de câlins, et encore moins des bises. Elle avait peur de tomber malade et peut être de mourir, alors même qu’elle avait un cancer généralisé et que tout le monde savait son temps compté.
Ses demandes ont été respectées et une « distance de sécurité physique » a été mise en place, distance qui n’aura au final pas permis à ceux qui l’auraient voulu de partager les preuves d’amour qu’ils auraient voulu lui transmettre avant son décès.
Cette distance était devenue une normalité, sa normalité, mais pas celle de ceux qui sont restés en vie une fois qu’elle est décédée, donnant ainsi une sensation d’inachevé à ces adieux peut être accélérés par manque de chaleur humaine.
Les peurs de mourir se présentent de différentes façons et en toute logique, elles sont extériorisées de plusieurs façons, le challenge étant en tant que thanadoula de permettre à l’entourage d’oser partager ses propres besoins, surtout quand on sait que le temps ne joue pas en leur faveur.
J’ai eu la chance d’obtenir des visites de 1 heure par jour dans la chambre d’hôpital, l’occasion d’ouvrir la fenêtre pour permettre au reste de la famille de profiter de cet échange à distance pour partager l’affection et l’amour familial une dernière fois, même a distance.
(Photo prise moins de 5 jours avant son décès lors de ce qui allait être le dernier échange conscient avec ses grands et ses petits).
Au plaisir d’échanger avec vous,
Armelle

En fin d’année 2022, j’ai partagé des citations et des photos sur mon compte instagram @lapetitetouristesurterre : c’était mon calendrier de « l’avant » 2023.
J’ai bien dit un calendrier de « l’avant » car je ne souhaitais pas y mettre une approche religieuse mais plutôt de le proposer comme une introspection silencieuse que chacun pourrait mener à son rythme, un voyage que chacun a pu faire, s’il le voulait, comme il le voulait et quand il le voulait.
Chaque jour j’y ai partagé une de mes photo avec une citation délicatement sélectionnée qui, à mes yeux, pouvait guider vers une réflexion personnelle.
Je vous partage un peu de mon « approche » grâce à cette citation de Victor Hugo en vous avouant que je crois en ceux et celles que j’accompagne : chacun a le pouvoir de trouver en soi ses propres solutions, chacun fait son cheminement vers ce qu’il est, ce qu’il veut être ou ce qu’il croit vouloir être.
« Même la nuit la plus sombre prendra fin et le soleil se lèvera » Victor Hugo
… la terre continue de tourner, et quoi qu’il se passe, le soleil se lèvera, mais, c’est vrai, reste ensuite à savoir si le ciel du lendemain sera nuageux, pluvieux ou bel et bien ensoleillé… chacun avance à son rythme, en fonction de son histoire, de sa vie, de son vécu, et il n’existe pas de modèle ou de timing à respecter ou à suivre.
Depuis des années j’ai compris que présenter des solutions qui pouvaient me sembler bonnes n’était pas la meilleure chose : laisser faire chacun et croire en ses capacités à trouver ses propres solutions, quitte à se tromper, à se relever pour mieux vivre et pour mieux savourer ses propres victoires, en vivant le chemin qui est le sien.
Le soleil se lève toujours et encore, libre à chacun de garder les volets fermés pour ne pas le voir tout de suite, ou au contraire de faire la salutation au soleil dès la première heure, ou pourquoi pas, un peu plus tard dans la journée.
Au plaisir d’échanger avec vous,
Armelle

Certaines personnes ont le sentiment d’avancer dans la vie en suivant le cap, avec une vie qui peut ressembler à un long fleuve tranquille.
D’autres personnes plus aventurières, s’engagent dans des traversées volontaires ou involontaires, plus ou moins longues, parfois compliquées voire même tumultueuses, et parfois, ces mêmes personnes peuvent avoir le sentiment de devoir traverser des océans.
Le chemin de ces traversées peut être connu ou reconnu grâce au partage d’expériences transmises par l’entourage proche ou par l’histoire familiale, alors que d’autres découvrent ces nouveaux trajets parfois au détour d’une escale…
Parfois, grâce à des partages d’expériences on pense que l’on saura comment gérer toutes les traversées, qu’on saura maîtriser les courants et dompter les vents plus ou moins forts, et certains s’imaginent même qu’en apprenant et en vivant l’expérience des autres par procuration ils pourront faire des choix par avance …
Certaines personnes ont le sens de l’orientation et prennent en charge totalement leur vie comme s’ils étaient dans un navire à toute épreuve, elles savent lire entre les lignes comme d’autres savent lire une carte du ciel, elles comprennent ce qu’on leur dit, même quand c’est annoncé à demi-mots, et ces personnes sont prêtes à faire les plus grandes traversées, presque par instinct sans que l’on sache comment et pourquoi.
« Le bonheur est comme un frêle voilier en pleine mer : il suffit d’un orage pour le détruire » Léna Allen-Shore
Et pourtant, en cas de choc, même ces personnes les plus fortes peuvent perdre pied au moment de l’annonce.
Comme présenté dans un de mes articles (visible ICI) , parfois, lorsqu’une annonce est grave, il peut arriver que le cerveau passe en « mode survie » en activant une phase de sidération qui empêche toute assimilation de l’information, et, bien que la personne semble dans son état normal, bien qu’elle soit présente physiquement et qu’elle semble avoir toute sa conscience, son cerveau est pour ainsi dire en mode « beug » et ne peut pas entendre ou intégrer l’information qu’il est pourtant en train de recevoir.
Comme suite logique, tout ce qui a été dit ne peut pas être compris car pas entendu, et la suite des évènements peut alors en être complètement chamboulée, tout comme un bateau qui part à la dérive et dont on perd le contrôle.
Afin d’éviter ce genre de situation, ou du moins afin d’en limiter les dégâts, en cas de maladie grave il peut être important de trouver le phare qui va permettre de retrouver une certaine sécurité, pour pouvoir revenir vers la terre ferme, sans danger de briser la coque de son navire à l’approche du rivage.
Dans cette phase de tempête, il peut y avoir plusieurs phares qui accompagnent le malade, capitaine de son navire.
L’un de phares peut être la personne qui connait le malade, qui connait son histoire médicale et qui sait gérer avec empathie et bienveillance un accompagnement qui peut devenir lourd.
Il peut s’agir du médecin traitant, ou du médecin de famille comme on disait autrefois, il peut également s’agir d’une infirmière qui connait bien le malade, d’un kinésithérapeute ou d’un l’oncologue, mais dans tous les cas, il s’agit de quelqu’un qui saura prendre le temps d’écouter, d’expliquer et qui saura décoder les silences et les non dits pour comprendre les peurs parfois inavouées.
« Un phare ne mesure point l’éloignement. La lumière est présente dans les yeux, tout simplement » Antoine de Saint-Exupéry
Dans le cas précis de mes parents (je ne prends volontairement pas d’autres exemples) leur médecin traitant a été parfaite (et je pèse mes mots).
Le jour où l’on a annoncé à mon père les résultats de sa biopsie à l’hôpital, un rendez-vous était pris avec son médecin traitant qui avait alors dit « qu’ils viennent dans l’après midi, je prendrai le temps qu’il faut pour répondre à ses questions et pour tout lui expliquer« , ce qu’elle a fait.
La veille du premier rendez-vous avec un gynécologue, c’est le médecin traitant qui a « traduit » à ma mère les signes cliniques qu’elle avait, et qui a présenté avec beaucoup de bienveillance les diagnostics possibles qui pouvaient en découler ainsi que les suites médicales possibles. Le lendemain, lorsque le gynécologue a annoncé froidement qu’il fallait poursuivre les recherches et faire un prélèvement car c’était surement une récidive de « cancer », cela a été moins violent à entendre pour elle car la veille, elle avait eu la possibilité d’entrapercevoir cette « option ».
Après ses chimios, et la veille du rendez-vous de contrôle des 3 mois avec son oncologue, un rendez-vous était pris avec le médecin traitant de ma mère qui a pris le temps de lui « traduire » le compte rendu du scanner en langage « accessible », échange pendant lequel il a été question d’une reprise et de l’évolution du cancer. Le lendemain, pendant le rendez-vous avec l’oncologue ma mère a pu poser les questions qu’elle n’aurait surement pas pu poser autrement.
J’ai demandé ces rendez-vous avec leur médecin traitant en tant que fille et en tant que thanadoula, car de par mon expérience, je suis parfaitement consciente de l’importance de la prise en compte des besoins de chacun, et de l’importance de pouvoir avoir un temps d’échange pour permettre à chacun de s’approprier son histoire et sa maladie sans « juste » subir les soins.
Ce fonctionnement et ce double rendez-vous a eu pour unique but de montrer tant à mon père qu’à ma mère vers où tourner leur regard en cas de doute, leur médecin traitant est devenu à leur yeux le phare qui veillait et qui surveillait, qui rassurait et qui officialisait leurs choix jusqu’au tout dernier.
Ce double rendez-vous n’avait pas pour but de creuser le trou de la sécurité sociale ni de rendre telle ou telle annonce plus officielle ou plus importante qu’une autre, mais il s’agissait juste de prendre en compte chaque malade, chaque besoin et chaque histoire, de créer un cadre de confiance dans un environnement pourtant si inconfortable, plein d’incertitudes et de peurs.
Pour des enfants, il existe ce que l’on appelle la figure d’attachement (informations en cliquant ICI), en cas d’accompagnement autour de la maladie, cette figure pourrait être remplacée par quelqu’un qui devient alors un « phare en pleine tempête » en sachant qu’il peut y avoir plusieurs phares et donc, plusieurs personnes clés. Il peut s’agir d’un professionnel de santé, d’un membre de la famille avec qui la relation est spéciale, d’un ami, d’une accompagnante de la fin de vie (doula de fin de vie, thanadoula ou death doula), ou d’autres personnes, le tout étant de savoir que la personne malade ou en fin de vie peut compter sur quelqu’un tout au long de cette phase si délicate.
Dans le cas de mes parents, c’est leur médecin traitant qui a accompagné les annonces, qui a pris le temps de tout expliquer, qui a fait le nécessaire pour que les directives anticipées de mon père soient respectées, et qui a tout fait pour que le vœu le plus cher de ma mère se réalise et pour qu’elle puisse revenir chez elle avec une hospitalisation à domicile, sans le savoir, quelques heures avant son dernier souffle.
« Au milieu des ténèbres, la plus humble veilleuse brille comme un phare » Emile Gaboriau
Pour bien accompagner les personnes en fin de vie il faut savoir accepter de l’aide, mais avant tout, il faut oser la demander.
On peut difficilement traverser un océan seul, à moins d’avoir une préparation, une condition hors du commun et une embarcation très spécifique, ce qui n’est pas à la portée de tous, loin de là.
De tous temps, ce sont des navires qui s’aventurent dans les traversées longues et parfois périlleuses, et en général, dans ces vaisseaux il n’y a pas qu’une seule personne mais tout un équipage, où chacun a une place et un rôle précis, en allant du matelot jusqu’au capitaine lui-même qui décide et qui dirige son navire, et au loin, quelque part, se trouve toujours un phare.
Aussi, aujourd’hui je dédie cet article à tous ceux et celles qui sont le phare de quelqu’un de malade, aux collègues thanadoulas qui accompagnent la fin de vie et le deuil, aux médecins qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour accompagner et soulager le quotidien de leurs patients, et plus tout particulièrement au Dr T. qui est le phare de bien des patients, dont mes parents, et qui m’a confiée un jour au détour d’une conversation « et pourtant, je n’ai pas pu faire tout ce que j’aurais voulu faire…«
Armelle

« Petite demoiselle,
Le moment est arrivé,
De déployer tes ailes,
Pour pouvoir t’envoler.
C’est un petit bout de chemin,
Que tu as partagé avec ta maman,
Une histoire écrite à deux,
Que je câline maintenant.
J’ai eu l’honneur d’en être le témoin,
Et je confirme donc ton existence,
Car j’ai eu la chance de te connaître,
Bien avant qu’ait lieu ta non naissance.
Il est des histoires longues,
Il est des histoires discrètes,
Mais l’une est l’autre ont leur importance,
Car dans un cœur, il y a toujours de la place.
Petite princesse, maintenant tout va bien,
Tu peux jouer avec les anges,
Et te cacher derrière les nuages de coton.
Chante ton si joli prénom,
C’est maman qui t’en a fait cadeau,
En te souhaitant un bon voyage,
Là-bas en haut dans le monde des étoiles ».
Armelle Xochitl,
Spéciale dédicace

« Mon amour,
Ma moitié,
Ma chérie,
Tu as été le souffle de mes mains,
Le mouvement de ma peau,
Le battement de mes yeux,
Et celui de mon cœur qui respire.
Mon amour,
Tout me manque,
Ta peau, tes mains, tes yeux,
Ton sourire, ton odeur, ta voix,
Tes caresses, ton regard, tes bras,
La douceur de ta présence ici en bas.
Sans toi,
Les jours sont fades,
Les nuits sont froides,
Les plats sont sans goût,
Et la chaleur n’est plus.
Tu me manques,
Tu dois t’en douter,
Alors, je compte les jours,
Les heures, les minutes et les secondes,
J’attends de pouvoir te retrouver,
Te prendre dans mes bras,
Me dire que tout va bien.
J’attends de pouvoir enfin nous dire,
Que ce n’était qu’un mauvais rêve,
Et que l’on peut se rendormir,
Blottis l’un contre l’autre,
Sans savoir s’il fait froid,
S’il fait beau ou s’il pleuvra,
Sans nous demander comment ils vont,
Sans penser au reste du monde.
On sera là tous les deux,
L’un contre l’autre,
Comme avant,
On sera,
Ensemble,
De nouveau,
Et pour toujours,
Mon amour. »
Armelle Xochitl
(spéciale dédicace)